Discord icon

PARTIE 1 : Un nouveau monde / Chapitre 1 : Un événement rarissime

Le jour venait de se lever sur la capitale du pays, et ses habitants pour la plupart des minotaures avec quelques griffons, s’en allaient de leurs maisons de pierre faire leur travail ou partaient faire leurs achats.

 

De même, à la grande place du marché, les gens s’activaient pour préparer leurs étalages et certains commençaient à crier pour attirer et vendre leurs produits. Au centre de la place, se trouvait un enclos, avec devant l’entrée de celui-ci, un griffon au poil marron sur le corps et beige sur la tête, attendant patiemment. Deux autres griffons jumeaux, de couleur grise et à la tête blanche, finissaient quant à eux de faire entrer dans l’enclos les animaux. En face, une multitude de clients potentiels commençaient à se rassembler, et le commerçant ne put s’empêcher de se frotter les serres en pensant aux ventes qui se présentaient devant lui. Puis estimant qu’il y avait assez de monde, il prit la parole.

 

‘‘Bien le bonjour chers amis, aujourd’hui je vous propose des produits tout frais attrapés la semaine dernière dans l’Ouest. Le tarif est le même, cinq sous pour un adulte mâle, quatre pour une femelle et deux pour un poulain, bien qu’il n’y en ait pas dans le lot, pour l’instant. Allez-y, vous pouvez vous approcher, ils ne mordent pas.’’ Conclut-il avec un sourire en coin, tandis que les clients s’approchaient pour mieux étudier la marchandise offerte. On pouvait compter 15 poneys, 8 étalons et 6 juments, dont une enceinte et qui semblait déjà avoir des douleurs.

 

‘‘Alors, qu’en dites-vous ? Ils ne sont pas mal, hein ? Je suis sûr qu’il y en a parmi vous qui en ont besoin pour labourer leurs champs ou transporter des charrettes ?’’ Leur dit-il derrière eux d’un ton persuasif, cherchant la faille qui pousserait les gens à la consommation. ‘‘Et qui ne voudrait pas en offrir à ses enfants pour leur faire de l’équitation ? Ou simplement avoir un animal de compagnie ? Mais attention alors durant les périodes de chaleur des juments ! Ah ! Ah !’’

 

‘‘Bien le bonjour Trade !’’ Déclara avec entrain une voix derrière le marchand, qui se retourna aussitôt avec un sourire.

 

‘‘Ah ! Ce cher Gilron !’’ Répondit-il en s’avançant pour serrer la serre à son fidèle client et ami, qui en plus de son pelage gris foncé sur le corps et gris clair sur la tête, portait une longue moustache bien soignée et une toque de chef. ‘‘Alors ton restaurant fonctionne toujours bien ?’’

 

‘‘On ne peut mieux, même si ça a mis du temps à prendre. Si j’avais su que ces herbivores finiraient par apprécier la viande de poney, je serais venu plus tôt qu’il y a cinq ans. Et je viens justement remplir mon garde-manger, en espérant que tu m’as trouvé de bons spécimens bien battis.’’

 

‘‘Pour toi j’irais jusqu’à les chasser moi-même s’il fallait !’’ affirma le marchand en tapotant le dos de Gilron, l’invitant à choisir lui-même les poneys qu’il prendra.

 

‘‘Sinon, qui d’autre veut des poneys de chez Trade, le meilleur marchand de tout Minotauria ?’’ enchaina-t-il en s’adressant à nouveaux aux autres clients potentiels.

 

‘‘Moi, je vous achète cette jument.’’ Dit un minotaure dans la foule.

 

‘‘Vendu l’ami, on peut dire que vous avez le sens des affaires ! Une jument qui vous offrira en prime un poulain, vous ne le regretterez pas !’’ Sur ces mots il fît signe à ses collègues qui prirent la bride sans mors de la jument, dont les douleurs au ventre se faisaient plus intenses.

 

‘‘Allez ! Dépêchez-vous vous deux, on a d’autres ventes qui nous attendent.’’

 

Mais avant que les deux griffons ne puissent réagir, la jument s’était mise à terre, visiblement pour mettre bas.

 

‘‘Ah, trop tard l’ami, il va falloir passer la monnaie pour le poulain !’’ Commenta Trade, heureux d’avoir une nouvelle marchandise à vendre.

 

 

***************************************************************************************

50 minutes plus tard

 

Des pas de courses résonnaient dans les couloirs du palais, lieu de travail et logement de celui qui tenait les rênes de l’État. Un jeune minotaure, recouvert d’une armure sur le torse, courait à en perdre haleine à travers les couloirs.

 

‘‘Laissez-moi passer ! Laissez-moi passer ! Je dois voir le Chancelier de toute urgence !’’

 

Il parvint enfin à la porte menant vers le bureau du Chancelier, et ouvrit celle-ci violemment. Il se trouva en face d’un large bureau en bois, où se tenaient plusieurs documents et livres de travail. Se penchait dessus un autre minotaure, paré de vêtements de soie, prouvant la hauteur de son rang et dissimulant son pelage marron foncé.

 

‘‘Qu'y a-t-il donc, pour que vous entriez d’une telle manière dans mon lieu de travail, soldat Tongue ?’’ Dit-il d’un ton sans expression, continuant d’écrire ses directives sur un parchemin.

 

‘‘Pardonnez-moi Chancelier Kalt… pff…” Répondit le soldat épuisé en tentant de reprendre son souffle, “Mais on vient de nous informer… pff… de quelque chose qui s’est passé au marché, dans l’enclos pour poneys… pff… quelque chose que vous ne voudrez pas croire.’’

 

‘‘Dites toujours, on verra si je vous crois.” enchaîna le Chancelier, dont la patience commençait à atteindre ses limites.

 

‘‘Chancelier, un poulain vient de naître… avec une corne.’’ Lâcha le soldat, préférant ne pas faire traîner les choses plus longtemps.

 

À ces mots, le Chancelier cessa toute activité, et releva la tête vers le soldat. Ce dernier se sentait de plus en plus mal à l’aise face au regard du Chancelier.

 

‘‘Vous l’avez récupéré ? Ainsi que tous les autres poneys en vente ?’’ le questionna de suite le Chancelier en l’écoutant attentivement.

 

‘‘Oui Chancelier, à l’instant.’’ affirma le militaire, qui avait enfin repris son souffle, attendant la suite des ordres.

 

‘‘Bien, je vais aller m’occuper du Sénat, et vous, vous savez quelles sont les consignes dans ce genre de cas.’’ dit-il en le regardant droit dans les yeux.

 

‘‘Heu bien... ce sera fait Chancelier.’’ acquiesça le militaire en se retournant pour repartir.

 

‘‘Une dernière chose, soldat.” le stoppa Kalt. “Dites au groupe chargé de cette mission, de faire cela dans les plaines et de partir en toute discrétion. Et faites également savoir qu’on ne doit me déranger sous aucun prétexte jusqu’à nouvel ordre.’’

 

‘‘À vos ordres Chancelier Kalt.’’ finit par dire le soldat en refermant les portes, laissant le minotaure seul dans son bureau.

 

Au bout d’un moment, ce dernier finit par se lever et se dirigea vers la salle après celle de son bureau. Il se retrouva dans sa petite bibliothèque personnelle, ou plutôt, celle où seuls les Chanceliers peuvent se rendre. C’était une très petite salle ronde, avec sur les étagères une multitude de livres portant sur l’Histoire de Minotauria et d’Équestria, notamment sur ses habitants poneys. Après quelques observations, il en prit un en main et le pencha vers lui. Mais au lieu de se séparer des autres, le livre fît pivoter le mur où se trouvait l’étagère, laissant s’ouvrir devant le Chancelier un passage dans le mur.

 

Après avoir allumé une torche dans le couloir se présentant devant lui, il s’avança et arriva après quelques minutes devant une porte en fer. Il sortit de son col une clé accrochée à son coup, et ouvrit la porte, lentement. Il se remémora alors la dernière fois qu’il était venu ici avec son prédécesseur, qui lui dévoilait le secret que chaque Chancelier devait garder, pour le bien de l’État et de Minotauria.

 

Il arriva alors dans une large pièce, éclairée par une grande fenêtre parsemée de barreaux, donnant sur l’extérieur de la ville direction plein Nord. De là, on pouvait voir le Soleil durant toute la journée aller d’Est en Ouest. Dans la pièce, outre quelques meubles et un lit, se tenait devant la fenêtre une jument, l’un des sabots attaché par une longue chaîne au mur et portant un épais anneau à la corne, en train d’observer l’horizon.

 

‘‘Bien le bonjour, « princesse » Célestia.’’ dit-il, le ton, comme le visage, toujours inexpressif.

 

‘‘La dernière fois qu’on s’est vu… Kalt si je ne me trompe… vous veniez tout juste d’être nommé Chancelier. Deux ans après, je vois que vous êtes toujours aussi peu expressif.’’ lui répondit l’alicorne sans changer de position.

 

La grande princesse du soleil avait perdu toute sa majesté. Elle ne portait plus aucun attirail royal, et sa crinière, autrefois flottante et brillante, était désormais collée contre son pelage, ne rejetant plus la moindre petite étoile. Ses yeux enfin, trahissaient ses remords et sa peine, mais aussi la détermination à ne pas flancher devant son gardien.

 

‘‘En effet, je comprends d’ailleurs pourquoi je suis surnommé « l’Inexpressif », voir « le Sans cœur » par mes détracteurs, mais je n’en ai que faire. Je n’ai comme seul objectif, que la sécurité et la prospérité du peuple de Minotauria.’’

 

‘‘Minotauria… J’avais oublié que vous avez nommé votre nouvelle terre ainsi.” enchaîna Célestia. “On peut dire que vous avez effacé le passé de ces terres jusqu’au bout… Après avoir rasé ou transformé leurs anciennes villes, reléguant ses habitants au simple rang de marchandises et en les poussant à devenir des animaux sauvages que vous traquez.’’

 

En terminant sa phrase, elle ne put s’empêcher de serrer les dents, se remémorant les événements passés il y a maintenant des siècles, où le monde d’Équestria prit fin.

 

‘‘Sur ce dernier point, je suis venu vous informer de quelque chose. Il semble que vos gènes font encore de la résistance. Il m’a été rapporté que sur la place du marché, une jument a donné naissance à un poulain, avec une corne.’’

 

Célestia se retourna alors lentement, voulant être sûre qu’on ne lui faisait pas un tour malhonnête, comme d’autres Chanceliers avaient pu le faire dans le temps.

 

Voyant le doute en elle, le Chancelier Kalt reprit la parole.

 

‘‘Non, je ne suis pas du genre à faire ce genre de farce que je n’apprécie guère. Je tenais seulement à venir vous informer de cet événement. Un événement qui n’est pas arrivé depuis près d’un siècle il me semble. Car malgré tout, vous étiez l’ancienne dirigeante de ces terres, et de fait, j’estime que vous avez droit d’être informée d’un fait aussi rare.’’

 

Ainsi, il y a encore de l’espoir. Se dit intérieurement la princesse.

 

‘‘Et qu’allez-vous donc faire maintenant ?” Reprit-elle d’un ton grave tout en regardant son interlocuteur. “J’aimerais penser que vous allez me dire que vous comptez changer d’attitude envers nous, mais je crains me faire une énième illusion.’’

 

‘‘En effet.’’ répondit d’un ton sec le minotaure. ‘‘Je n’ai pas l’intention de dire à mes citoyens que désormais, nous devons faire amis-amis avec des animaux. Des animaux que nos ancêtres ont vaincu pour garantir notre sécurité, et nous venger.’’

 

‘‘Je suis pourtant toujours là, pour vous assurer que le soleil et la lune se lèvent et se couchent à chaque fois.’’

 

‘‘Mais comme vous le dites, c’est pour s’assurer de la bonne continuation du cycle des astres, que nous avons jugé bon de vous garder en vie. Bien que seul moi et mes prédécesseurs savons que c’est vous qui le faites. Comme nos ancêtres, je sais que vous n’oseriez pas nous priver du soleil ou nous laisser sous sa lumière, vous avez trop de cœur pour oser faire cela. Vous ne supporteriez pas de voir des innocents, des mères et des enfants mourir par votre faute. De même, vous n’oserez jamais utiliser votre magie contre nous, car ce serait tous vos poneys qui souffriraient de représailles. Aussi je vous rappelle que si vous voulez éviter un nouveau massacre, pour ne pas dire une extermination totale, il est préférable que vous continuiez à obéir...’’

 

‘‘Sachez que je ne suis pas un de vos soldats. Je suis la princesse du soleil et je n’ai pas d’ordre à recevoir de voleurs comme ceux de votre espèce.’’ le coupa Célestia en haussant le ton.

 

Après un soupir devant cette contestation de sa prisonnière, le Chancelier commença lentement à s’avancer vers elle. ‘‘Je croyais qu’on vous l‘avait enseigné, en vous ordonnant de nous aider à remettre votre « créature » dans sa prison de pierre.’’

 

A la fin de sa phrase, le minotaure ressentit un dégoût en repensant à cette statue dans les jardins de la ville, qui servait plus à faire peur aux enfants pour qu’ils obéissent à leurs parents que pour décorer le parc.

 

‘‘Il a un nom ! Il s’appelle Discord, l’Esprit du Chaos !’’ lui cria Célestia excédée, une larme s’écoulant en revoyant ce douloureux souvenir défiler dans sa tête.

 

‘‘Ah oui, ça me revient… mais qu’importe, il n’est plus là pour nous le dire. Tout juste sert-il à nous garantir de votre pleine « coopération », si on peut alors l’appeler ainsi. Vous ne l’avez peut-être pas encore compris, mais ce monde n’est plus le vôtre, princesse Célestia. Et tout ce qui est immatériel, telle la magie, est à présent… immatériel.’’

 

Après ces paroles, auxquelles Célestia ne pouvait pas répondre, trop rongée par la colère, le Chancelier Kalt se retourna et commença à se diriger vers la porte.

 

‘‘Vous ne m’avez toujours pas dit de ce que vous comptez faire de ce poulain.’’ finit-elle par dire alors qu’il se trouvait au bas de la porte.

 

‘‘Comme je vous l’ai dit Célestia…’’ commença Kalt le dos tourné. ‘‘Votre plus grande faiblesse est votre cœur…’’ Il tourna ensuite lentement le visage vers Célestia en poursuivant, ‘‘Moi, je ne suis qu’un « Sans cœur ».’’

 

Sur ces mots, il referma d’un coup sec la porte, et repartit dans son bureau, laissant l’ancienne dirigeante d’Équestria seule, avec ses remords et sa peine à l’égard de ce poulain. Elle préféra se remettre devant sa fenêtre, mais avec malgré tout, une pointe d’espoir en constata que ses poneys avaient toujours quelques gènes de leurs ancêtres.

 

Un jour peut-être… avec les autres, ils permettront de recréer Équestria. Se dit-elle en affichant un léger sourire

Licence Creative Commons Ces œuvres sont mises à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International.