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Chapitre III. Le Conseil est en séance - Les Griffons

Au point du vue architectural, tout le château était à l'image de la Chambre du Conseil. C'est-à-dire que la symétrie y était reine. Un palais construit avec tout l'art de l'architecture est un livre, et à Canterlot tout ce qui se lisait à gauche trouvait à droite son reflet, son écho. Il y avait une certaine nécessité à ce que le regard du visiteur ne rencontrât aucun obstacle durant sa contemplation. Tout devait glisser dans l’œil de manière ininterrompue, comme un texte sur une feuille de papier. Visuellement il fallait déjà susciter l'harmonie. Et pour un œil de la noblesse, toute paix ne pouvait être fondée que sur l'ordre et la discipline. En architecture, cet ordre porte un nom, un nom noble : la symétrie. L'art a ceci de commun avec la politique qu'ils nécessitent tous deux de savoir adopter le point de vue du public, pour tenter d'anticiper sa réaction. De cette règle, la Chambre du Conseil était donc l'exemple le plus brillant.

Une immense pièce, orientée sur la course descendante du soleil. On la surprenait en entrant dans le ciel bleu à travers une gigantesque façade de verre. Les vitres, qui montaient jusqu'au plafond, laissaient apercevoir sur la droite le flanc mauve de la montagne. La lumière du jour pouvait ainsi pénétrer en abondance dans la Chambre, tandis qu'au crépuscule approchant l'astre majestueux disparaissait derrière l'adret, en emplissant la salle de ses lueurs chatoyantes et frénétiques.

Les murs latéraux étaient eux couverts par une monumentale fresque peinte ; en effet la mode des tapisseries s'étant essoufflée, il ne s'en trouvait plus que quelques-unes dans toute la bâtisse. Dans cette Chambre du Conseil, six peintures au total étaient partagées entre les deux façades perpendiculaires à la rangée de fenêtres. Elles racontaient chacune un épisode de la fondation mythique d'Equestria et notamment certaines victoires remportées par les deux sœurs sur leurs différents ennemis. Cependant, Luna n'y figurait plus.

Au milieu de la pièce, toutes les places assises avaient été agencées au-dessus d'un grand socle rond, qui surélevait de trois marches par rapport au sol la place des nobles. Au centre de ce même socle, et donc au centre de la pièce toute entière, se trouvait le trône, surélevé lui aussi par trois autres degrés circulaires ; de sorte qu'il se voyait élevé de six marches au total par rapport au niveau selon lequel on entrait dans la pièce.

L'on avait organisé toute la pièce selon une parfaite symétrie autour de ce trône.

Deux tables arrondies encerclaient la chaise royale ; y siégeaient les nobles Conseillers répartis par groupes de quatre, puisqu'ils étaient au nombre de huit, toujours selon les règles irréductibles de la symétrie. Leurs sièges avaient été installés dans la moitié inférieures du cercle que formaient les deux tables autour du trône, afin que chacun pût voir et être vu de Sa Majesté au centre sans que celle-ci eut à tourner la tête. En face d'elle, un écartement séparait les deux tablées afin d'ouvrir depuis les portes un passage tapissé jusqu'au siège royal.
Dans la partie supérieure du cercle, entre le trône et les fenêtres auxquelles il tournait le dos, se trouvaient deux statues. Elles mettaient un terme au tracé circulaire des tables et laissaient entre elles, dans le dos du siège réservé à la Princesse, les trois marches du grand socle vides ; espace réservé à la circulation des domestiques. Ces deux statues participaient donc de l'encerclement géométrique du trône car leur piédestal constituaient le point d'où s'élançaient les deux tablées réservées aux nobles. Ces sculptures elles aussi étaient orientées vers l'intérieur de la pièce, de façon à ce que leur allégorie regardassent la chaise royale. Toutes les deux avait un titre gravé dans leur piédestal circulaire : celle de gauche était intitulée "L'Ordre monarchique", celle de droite "Prospérité". Pour celui qui entrait dans la salle, elles donnaient l'impression d'assister et de soutenir la Régente. Elles participaient également, comble du chef d’œuvre, de la lecture qu'était censé effectuer le spectateur étranger qui entrait dans cette Chambre, et qui commençait avec la fresque picturale, d'abord sur le mur de gauche puis sur le mur de droite. Après le sixième panneau illustrant la victoire la plus récente de la Souveraine, le regard se reportait sur les deux sculptures derrière le trône : "L'Ordre monarchique" d'abord, la "Prospérité" ensuite.
Des fenêtres provenait la seule impression qui échappait à tout calcul, à toute théorisation, à toute symétrie, et qui pourtant était fondamentale compte tenu du fait qu'il n'y avait aucun chandelier : la lumière. Les délibérations n'étaient tenues que durant le jour. Elles n'acceptaient pour les éclairer que les lueurs du soleil, qu'il soit montant, descendant ou couchant derrière la montagne. Les affaissements de couleurs, les cascades de nuages, l'illumination profonde du jour... tous les tableaux de la monumentale nature se succédaient dans le cadre des fenêtres. Il semblait que la main d'un titan l'avait bâti sur mesure, de façon à ce que la lumière du ciel inspirât les importants débats qui se tiendraient dans cette pièce.

Au principe de toute cette Chambre du Conseil, l’œil spectateur. A son essence, la royauté. Tout devait y être là dans ce sens, où que ce soit trouvé l'œil. En entrant, il voyait le trône, ensuite il lisait la fresque mythique dressée pour lui sur les murs, et dont les deux statues constituaient le point final. De ces sculptures s'élançaient les tables où siégeaient les Conseillers. Tout cela regardait à son tour le trône.

Une histoire, quelle qu'elle soit, est un regard, et si jamais un poney s'était emparé de la seule place qui lui était défendue, c'est-à-dire le siège de la Princesse, il aurait senti sur lui ce regard de l'Histoire. Chaque médaille a son revers. Ici, toute la pièce révolutionnait autour du trône, qui se trouvait d'ailleurs au croisement de toutes ses diagonales géométriques. Le pouvoir était à la fois le sommet de la délibération, vers lequel se tournaient les Conseillers lorsque le moment de rendre la décision arrivait, mais il était aussi le centre de toutes les attentions, il constituait implicitement l'objet de toutes les délibérations. On voulait l'augmenter, oui ; le redresser, c'était vrai. Aussi on le surveillait. L'Histoire a des yeux de marbre qui pèsent sur le trône chacun de ses mots et chacune de ses pensées. Lorsque la lumière de jour illuminait les fenêtres, les peintures, les tapis, les sièges, le trône seul restait dans l'ombre, tandis que sur ses flancs surgissaient en s'allongeant les deux ombres de l'Ordre et de la Prospérité.

Celestia avait été bien sûr la première à lire tout cela, une fois que la salle fut achevée.

Véritable chef d’œuvre de l'inscription dans l'architecture des nécessités et des besoins impérieux de la politique

« Décidément, les Griffons se moquent de nous !

- Trouvez-vous quoique ce soit de nouveau à cela ? C'est bien malheureux à dire, mais ce n’est pas la première fois qu’un de ces sac-à-sous fait une percée sur le territoire.

- Il faut tout mettre en œuvre pour que cela cesse.

- Alors ne perdons pas de temps, et occupons-nous du Seigneur Goldstone.

- Je demande votre attention, fit un des Conseillers en s'adressant à l'assemblée – il illustra son discours avec la carte qu’il avait devant lui et dont chacun de ses confrères disposait d’un exemplaire. Voici ce que je pense. Maintenant qu’il a débarqué dans la baie du Fer à Cheval, le Seigneur Goldstone a sans doute l’intention de faire marcher ses troupes le long de la côte. Cela lui permettrait de rasseoir sa domination sur tout le littoral. Donc il me semble que notre priorité est de faire évacuer au plus vite ce bourg, ici.

- Oh les pauvres gens. Après tout le travail qu'ils ont fourni pour investir cette circonscription. Ces griffons sont de véritables rustres !

- Ils ne peuvent pas. Ce serait une violation de notre dernier accord de paix.

- Au cachot !

- Mais il n'existe aucun traité de paix. Nos dernières négociations avec le Seigneur Goldstone ont abouti à un accord que les Griffons n’ont pas ratifié. Il ne vaut rien. Au point de vue diplomatique, et strictement parlant, il est dans son droit.

- Ce sauvage le sait parfaitement !

- Au cachot !

- Mais c'est absurde ! Comment avons-nous pu laisser faire une chose pareille ? Misérables que nous sommes...

- De plus, le gros de notre armée est déjà dispersé aux quatre coins du pays : au Nord près des Terres gelées, et au Sud des deux côtés des Gorges funèbres pour sécuriser la frontière. Et il est hors de question de mobiliser les garnisons qui se trouvent toujours à Canterlot, cela reviendrait à laisser la capitale sans protection.

- Eh bien dans ce cas, rabattons les troupes qui sont au Nord vers l'Est, et nous affronterons Goldstone lorsqu'il remontera. De toutes façons, les Yacks se tiennent tranquilles. Et Sombra, qui en parle encore ? Voilà plus de vingt-cinq ans qu'on n'en a pas entendu parler.

- Au cachot !

- Oui, je suis d'accord.

- Certes, mais n'oubliez pas que nous ne sommes pas certains que le Seigneur Goldstone a l'intention de faire remonter son armée vers le Nord. Il pourrait tout aussi bien décider de prendre immédiatement la direction de l’Ouest pour marcher vers Canterlot. »

Alors, tandis que le Conseil continuait d'aviser, l'une des deux grandes portes de la salle s'ouvrit discrètement : un garde traversa la pièce sans se faire remarquer jusqu’au majordome de Son Altesse qui s’avançait vers lui. Il lui glissa un message à l’oreille en même temps qu’un papier dans les sabots. Le majordome, qui se nommait Kibitz, lut ce qui était inscrit sur la feuille et parut lui donner une réponse affirmative. Les deux personnages se quittèrent et revinrent sans un bruit à leur position respective.

« J'ajoute à cela que nous ne savons pas encore comment faire pour que les garnisons qui sont au Nord rejoignent rapidement la côte. Où voudriez-vous les faire passer ?

- Par les Montagnes de Cristal.

- Mais vous n'y pensez pas ! Les pauvres gaillards tomberaient malade et se perdraient dans le froid ! Non, il faudrait leur faire traverser le lac des Chutes du Hennissement, même s'il est vrai qu'elles s'en trouveraient quelque peu ralenties. Nous pourrions leur faire contourner les Chutes, mais cela les retarderait d'autant.

- Seigneurs, la situation semble quelque peu critique...

- Nous aurions dû pousser les Griffons à ratifier cet accord !

- Tous des sauvages, des sauvages !

- ...et au vu des difficultés que nous rencontrons à répondre militairement à cette attaque odieuse, je propose que nous nous en retournions aux négociations.

- Mais les Griffons n'accepteront jamais de signer un nouveau traité, ils n'ont même pas ratifié le premier. Passons à l’offensive, vous dis-je.

- Moi je partage cet avis, mais si l'on veut que cela marche, il faut nous y prendre autrement.

- Avez-vous une proposition à faire ?

- Nous ne sommes pas sans savoir que le Sommet International des Races va bientôt avoir lieu sur le Mont Metazoa. Je propose à Sa Majesté (le noble regarda la Princesse Celestia) de désigner un négociateur qui se rendra à ce Sommet pour plaider notre cause. Cela fera pression sur les Griffons.

Sa Majesté répondit :

- C'est une idée que j’approuve. Notre priorité doit être d'éviter autant que possible l’affrontement ouvert. Nous devons privilégier les solutions pacifiques.

- C'est merveilleux ! Moi aussi, je me rallie à cet avis. De plus, ce serait l’occasion parfaite de rasseoir définitivement notre influence sur le plan international. Nous serons à mon avis d’autant plus soutenus que nous essaierons de ne point passer par les armes.

- Seigneurs, je crois que l'heure du vote est venue, déclara finalement un des Conseillers. Que les membres du Conseil qui sont favorables à ces nouvelles négociations lèvent le bras.

Cinq sièges s’exécutèrent.

- Je vous remercie. Maintenant que ceux qui ne s’estiment pas satisfaits et souhaitent poursuivre le débat lèvent le bras.

Les trois restants à leur tour s’exécutèrent.

- Je vous remercie. Votre Majesté, à votre tour de voter.

- Je vote en faveur des négociations. »

La régente, qui possédait un droit de veto, et pouvait donc par là invalider un vote, s’étant ainsi prononcée, voilà ce qui fut décidé quant à la présence du Seigneur Goldtsone et de son armée sur la côte Est. Mais étant admis que prévenir vaut mieux que guérir, l’on se mit d’accord pour faire descendre par le Sud les garnisons présentes au Nord jusqu’au défilé entre les montagnes des Chutes du Hennissement et les pics des Monts Poulain. Depuis cette position stratégique, les troupes pourraient rejoindre rapidement ou la côte ou Canterlot, selon l’évolution de la situation.

L'un des nobles demanda alors quelle était leur prochaine affaire.

Note de l'auteur

Alors au niveau des noms propres, des noms de lieux, j'ai essayé au maximum de respecter la VF officielle. Si vs vs apercevez que certains sont erronés, c'est que je ne les connais pas. S'il vous plaît, faites-le moi remarquer et je changerai aussitôt. Merci ! On se revoit pt au chapitre suivant !

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