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Chapitre 72 : Mise en mouvement et échange

"Allez, poussez derrière ! Et toi n’hésite pas à donner des coups plus forts à ces bêtes !"

C’est d’un ton autoritaire et énergique que s’adressa un officier à une équipe de trois minotaures en train de pousser un des trébuchets tandis qu’un quatrième donner des coups de fouets aux deux poneys attelés à l’engin.

"Et vous là-bas, soutenez le pas. On n’est pas en colonie de vacances !" ordonna de nouveau l’officier en s’adressant cette fois à un groupe de minotaures en armure en fin d’une colonne en mouvement, visiblement à la peine pour suivre.

"Pff, mon capitaine… C’est pour quand la pause ?" demanda alors l’un d’eux, usé par cette marche.

"Vous avez entendu les ordres du Chancelier : 30 kilomètres pour jour, cinq minutes de pose par heure. Or, la dernière pose remonte à 45 minutes", se contenta de répondre le capitaine en marchant près d’eux avant d’entendre des soupirs dans les rangs. "Eh, vous avez voulu vous engager pour répondre à l’appel de la « Patrie en danger » du Chancelier, maintenant vous assumer votre choix", réprimanda-t-il aussitôt agacé, bien que conscient que ces Kalteriens étaient loin d’être des soldats professionnels en dépit de porter armes et armure.

"Mais pourquoi tant se presser, mon capitaine ?" ne put s’empêcher de demander un autre de ces volontaires.

"Pour reprendre une maxime militaire, la meilleure défense est l’attaque. Or, face à cette menace, attaquer le plus vite possible sans que ces équidés aient eu le temps de bien se préparer augmente nos chances d’en finir avec eux." expliqua alors l’officier. "Et je vous rappelle que plus vite on en finit avec eux, plus vite on pourra venir en aide aux gens de la capitale qui souffrent d’un nuage de cendres. Et personnellement, je suis convaincu que ce nuage est un coup des poneys. Donc si on les abat, on sauvera par la même occasion les nôtres", ajouta-t-il avant de s’éloigner, voyant qu’il avait convaincu ses interlocuteurs. "Tambours, jouez plus fort et avec plus de dynamique pour donner du cœur aux défenseurs de Minotauria !" cria-t-il peu après en s’adressant à l’équipe de cinq musiciens en tête de la colonne, composée de trois personnes avec des tambours et de deux autres avec des flûtes. À cet ordre de leur supérieur, ils redoublèrent d’effort et augmentèrent le volume de leur musique rythmée.

Voyant cela et l’accélération du rythme de la marche de la colonne, le capitaine Soldier ne put retenir un sourire satisfait. Il était heureux.

Là, je retrouve ce pourquoi je me suis engagé. pensa-t-il ainsi en continuant sa marche à travers l’important mouvement de troupes autour de lui. Il fit ensuite quelques blagues avec des militaires et donna des ordres pour améliorer la cadence, s’assurant que rien ne retarde la progression de cette formidable machine vivante qu’est une armée.

De fait, animé par une fanfare jouant d’un air martial mais dynamique, se déplaçait tout un cortège de minotaures et de diamond dogs, en armure pour beaucoup. Ils faisaient route vers le Nord-Ouest, dans une marche ordonnée avec au-dessus d’eux des griffons. Au centre de ce dispositif, se trouvait tirés par des poneys divers chariots et six armes de sièges. Le tout se déplaçait de manière parfaitement ordonnée, comme si l’ensemble des personnes présentes ne faisait plus qu’un. Et dans ce fourmillement, le minotaure officier se sentait chez lui.

Bientôt, on va se retrouver ma chère jument. Bientôt. se dit-il à nouveau en regardant vers l’horizon où se dirigeait l’armée, renforçant son sourire à cette pensée de retrouver l’animal qui avait changé sa vie, lui redonnant presqu’un sens d’une certaine façon. Et cette fois, quand il recroisera cette jument, rien ni personne ne pourra l’empêcher d’atteindre son but.

Pendant ce temps, à un autre endroit du cortège dans une large berline attelée, réfléchissait le Chancelier Kalt, le regard plongé dans des cartes posées sur sa banquette malgré de petits cernes aux yeux.

Il faudra que je prenne beaucoup de repos quand tout cela sera fini, estima-t-il en se frottant les yeux alors qu’il n’avait que peu dormis depuis deux nuits : occupé entre l’incursion de Twilight dans Minotaurville et le départ précipité de la force d’invasion vers le Nord. Plus généralement, ses nuits étaient devenues progressivement agitées suite à l’amplification de la crise provoquée par le retour de l’alicorne. Pourvu que mon sens de d’analyse tienne encore les jours qui suivent. pensa-t-il encore tandis qu’il refusait de trop se reposer, estimant qu’en tant que Chancelier, il se devait de rester sur le qui-vive afin de permettre au pays de survivre.

"Chancelier ?" l’interrompit dans ses réflexions un minotaure en montant dans la voiture en mouvement pour se mettre face à Kalt.

"Hum… Ah, général Tactic. Alors ? On progresse selon les délais fixés ?" demanda ce dernier en prenant un calepin pour faire quelques notes.

"À ce rythme, on devrait en effet atteindre dans les temps l’ancien passage dans les montagnes de glace", commença à dire le général, avant de prendre un air plus perplexe. "Mais je crains que beaucoup parmi nos troupes soient épuisées en arrivant. Ce qui nous mettra dans une position délicate face aux équidés."

"Hum. On accordera un temps pour permettre à chacun de souffler avant de continuer", concéda le Chancelier, qui espérait par ailleurs avoir juste par rapport au fait qu’avec l’Empire revenu, cela ait atténué la glace et le froid dans le passage pour se rendre vers l’Empire. "Autre chose à me dire ?" questionna-t-il encore en terminant ses notes.

"Oui, Chancelier… certains dans la troupe s’inquiètent pour leurs proches présents dans la capitale, alors que la ville est confrontée au nuage de cendres et qu’ils ignorent qui précisément est resté sur place", releva le général en rappelant que la nouvelle du nuage de cendres au-dessus de Minotaurville s’était répandue en moins d’une heure après être parvenue à Kalt.

"Je m’en doute bien", reconnut ce dernier. "Mais je vous rappelle que c’est moi qui ai personnellement autorisé à ce qu’on laisse se propager la nouvelle, si préoccupante soit-elle", continua-t-il en levant les yeux vers le général, s’adressant à lui calmement.

"Mais pourquoi ne pas avoir gardé cette information secrète ? Ce ne serait pas la première fois qu’on cache une vérité aux citoyens.

– Déjà parce que ce ne sont pas de simples citoyens qui sont autour de nous. C’est des citoyens qui viennent défendre leur patrie et qui acceptent, sur le principe du moins, d’en payer le prix fort. Pour cela, on peut difficilement ne pas être transparent avec eux quant au sort de la capitale de ce pays dont ils souhaitent la conservation. De plus, plus vite on en aura fini avec les poneys, plus vite on pourra gérer cette autre crise. Or, je me doute que beaucoup parmi vos militaires et les Kalteriens pensent que l’éruption du volcan des Smokey mountains, et donc ce nuage, est un coup des poneys sinon de cette alicorne Twilight. Et parce qu’ils les accusent de s’en prendre aux leurs, nos gens n’en auront que davantage de combativité."

À ces explications, le vieux général ne put retenir un lever de sourcil. Il devait le reconnaître, ce Chancelier Kalt était un des plus machiavéliques qu’il ait rencontré.

Au moins, il agit dans l’intérêt général… je crois… Quitte pour cela à manipuler les siens et à accepter de sacrifier ceux qui se nomment à partir de son nom, afin de neutraliser les éléments les plus violents de la société, se dit-il pour se réconforter alors qu’il se remémorait l’ordre de Kalt d’envoyer aux corps à corps les Kalteriens face aux poneys, au risque de voir une bonne partie d’entre eux être tués.

"Bien. Trêve de discussion. J’ai une mission pour nos éclaireurs griffons", relança Kalt en sortant Tactic de ses pensées. "Une fois la prochaine pause terminée, je veux qu’ils prennent des anneaux inhibiteurs de magie et aillent au-devant de notre armée pour se rendre vers le passage dans les montagnes, sans leur armure pour aller plus vite", continua-t-il en désignant une zone sur une carte du pays, avant de faire une pause et de respirer profondément en fermant les yeux. "Là, ils vont certainement rencontrer l’alicorne mauve et ses complices, dont une qui sera aussi une alicorne, au pelage blanc.

– Hein ?!" s’exclama le général. "Il y a une seconde alicorne ?!

– Comme je l’ai déjà dit aux soldats m’ayant accompagné de la capitale à votre camp, je pense qu’il s’agit d’une alicorne qui est réapparu en même temps que l’Empire et qui accompagne désormais sa semblable mauve dans son périple. Et il y a eu tellement d’alicorne chez les poneys les dix dernières années avant le conflit qu’on s’y perd à force." temporisa néanmoins Kalt en gardant son sang-froid. "Bref. Je suis convaincu qu’après avoir fait son incursion dans la capitale, notre « chère amie » a voulu éviter de remonter vers le Nord en devant passer obligatoirement près de notre camp et a en conséquence préférer faire un détour par les plaines. Avec un peu de chances, s’ils font vite, les nôtres pourront l’intercepter, ou mieux, lui tendre une embuscade.

– Mais… Mais comment savez-vous Chancelier que l’alicorne mauve passera par les plaines pour retourner à l’Empire ?

– Parce que c’est exactement ce que je ferais à sa place", répondit Kalt avec conviction, une pointe d’admiration pour son adversaire équin dans la voix.

"Bon, très bien Chancelier… Et quels sont les ordres à exécuter une fois que les nôtres auront trouvé l’équipe de l’alicorne mauve ?"

À cette question, le Chancelier attendit un bref moment, baissant le regard pour réfléchir avant de se reporter sur Tactic.

"Qu’ils capturent l’alicorne au pelage blanc et la ramène vers nous, sa semblable mauve aussi si possible, mais en lui coupant la corne. Les autres équidés les accompagnant devront quant à eux être abattus", ordonna-t-il finalement d’un air ferme.

 

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"Tu as trouvé quelque chose ?

– Non, rien du tout. Que des meubles tout rongés et de la vaisselle cassée."

C’est d’un ton lassé qu’un garde minotaure répondit à son semblable en sortant d’une habitation dans la ville en ruine.

"Pas la moindre petite pièce d’or", conclut-il en partant avec son coéquipier rejoindre les autres gardes en train de fouiller, eux aussi, dans d’autres maisons.

Cela faisait déjà deux heures que les recherches avaient commencées, afin de retrouver le trésor perdu des griffons ainsi que les deux « Pierres de l’Entente ». Supervisées par Trade qui continuait de tenir fermement contre lui l’Idole de Boreas, les investigations avaient commencées dans les habitations situées aux pieds de l’arbre sur lequel la ville se structurée, avec au sommet le palais des rois griffons. De même, comme il avait été convenu, Rarity s’était fait retirer son anneau inhibiteur de magie et avait activé son sort pour détecter si des gemmes se trouvaient sur leur passage. Mais nulle zone au sol ou dans les bâtiments ne reflétait la lueur de la magie de la licorne.

Aussi en dépit de leur effort, les minotaures et Trade, accompagnés des autres prisonniers sous étroite surveillance, n’avaient trouvé nulle trace de richesse à ce premier niveau de la ville, faisant diminuer peu à peu l’enthousiasme de départ alors qu’ils s’attaquaient au niveau supérieur.

"Pff… On ne sait même pas si ces destructions sont dues au « Fléau », ou si elles étaient déjà là du fait de la fin du royaume griffon après la perte de leur Idole", se plaignit un des gardes en regardant autour de lui pour n’apercevoir que désolation, tandis que le ciel était couvert d’une épaisse couche nuageuse grisâtre.

"Eh le piaf, il est où le « trésor » laissé par ton peuple ?!" lança alors un autre agacé.

"Ohla, ce n’est pas de ma faute si nos ancêtres n’ont pas laissé de « petit mot » en partant", se défendit ce dernier offusqué. "Vous vous attendiez à quoi ? Qu’on ait une piste à suivre, avec énigmes à résoudre et épreuves à surmonter, comme dans les romans d’aventure ?

– Pff… Là on est plus dans un roman policier qu’autre chose. Il n’y a aucune trace du butin de votre peuple", corrigea un minotaure en fouillant dans les débris d’une habitation.

En entendant cette remarque, Rarity eu un bref sourire amusé, se rappelant les nombreux romans de cette catégorie qu’elle avait lu en s’imaginant être l’enquêtrice.

"Eh, qu’est ce qui te fait sourire comme ça la jument ?" la réprimanda peu après un garde à proximité en lui donnant un coup de manche de sa lance à la croupe, faisant perdre sa concentration à la jument qui mit fin à son sort. "Déjà que je te soupçonne d’utiliser tes pouvoirs pour nous cacher le trésor…

– Je n’y suis pour rien si nulle gemme ne se trouve ici", répliqua calmement Rarity d’un air ferme en fermant les yeux.

"Rah… Il y a parfois des coups de fouet qui se perde", glissa le garde entre les temps, avant de remarquer le non de tête de Trade dans sa direction. "En tout cas, fait attention. Au moindre faux pas, tes amis prendront cher, et toi, tu pourras dire adieux à ta corne." menaça-t-il ensuite en se reportant sur la jument.

"Eh, pas besoin de passer vos nerfs sur elle", s’énerva Gilda en défendant la licorne.

"Tiens, ça m’a fait penser. Tu viens de l’autre époque toi", commenta Trade en s’approchant de la griffonne, intrigué. "Tu ne saurais pas où tes contemporains auraient pu mettre leur butin de guerre par hasard ?

– Pas la moindre idée." lui répondit froidement Gilda, avant de prendre un air sournois. "Mais pour quelqu’un qui prétend vouloir régner sur les griffons, je trouve cette absence d’imagination sur ce que pourrait faire ses semblables très… « regrettable ».

– Pourquoi a-t-on amené tous les prisonniers avec nous déjà ?" s’interrogea finalement un garde qui se serait bien passé de ces agaçantes prises de paroles.

"Parce qu’on sera bien contente d’avoir des porteurs pour ramener notre part du butin dans le dirigeable tiens", répondit un des siens en venant vers lui. "D’autant que c’est ce que savent faire de mieux ces animaux, servir de mules", ajouta-t-il d’un ton dédain en donnant au passage un coup à la croupe de Bon Bon qui lui jeta un regard noir.

"Bon tout le monde se calme", clama Gray en s’interposant entre le groupe de prisonniers et les gardes et Trade. "Ce n’est ni le lieu, ni le moment pour s’échanger des insultes. Et vous, vous pourriez montrer plus de respect envers les prisonniers, surtout envers les prisonnières", reprimanda-t-il en se rappelant le comportement encore plus odieux de ses semblables avec le capitaine Soldier envers l’alicorne mauve, lors du voyage de retour vers Minotaurville.

"Mais dites donc, Monsieur Gray, vous semblez souvent prendre le parti de ces juments." lança suspicieux un des militaires. "Vous ne seriez pas en train de changer de camp, par hasard ?" demanda-il finalement peu après en fronçant les sourcils.

Suite à cette question, Gray ouvrit la bouche pour répondre, mais sur le coup aucun mot ne lui vint à l’esprit. Depuis toujours, on lui avait enseigné que les poneys avaient été vaincus pour le bien des tous les peuples de ce monde. Qu’ils faisaient preuves d’arrogance et de mépris envers les autres espèces car n’ayant pas la capacité à utiliser la magie,

Mais en ce moment, qui était arrogant et méprisant envers l’autre ?

"Cot ! Cot !

– Méduse, qu’est-ce qu’il y a ?" lança le minotaure en voyant sa cocatrice voler vers lui à moins d’un mètre du sol, l’air inquiet et battant un peu de l’aile droite du fait de sa blessure.

"Et venez par ici. On a trouvé quelque chose", appela un garde depuis l’entrée des restes d’une maison.

S’y rendant, intrigués, Gray, Trade et une partie des gardes minotaures virent à l’intérieur Beroe, visiblement paralysé en regardant quelque chose.

"Qu’est-ce qu’il y a Beroe ?" s’interrogea Trade avant de s’arrêter à son tour. Devant le griffon gisait au sol les restes d’un squelette d’un des leurs, les os noircis.

"Hum… Vous pensez qu’il était lui aussi déjà là avant l’avènement du « Fléau » ?" interrogea un militaire, perplexe.

"Eh ! On laissait peut-être la ville se délabrer, mais pas au point de laisser des cadavres pourrir sur place !" s’insurgea Gilda derrière eux tandis que le groupe de prisonniers était informé de la découverte grâce à Steel qui décrivait ce qu’il voyait grâce à sa taille.

"Bah… Peut-être que c’était un règlement de compte entre griffons qui se disputaient une partie du trésor…" suggéra comme explication un autre garde près des prisonniers.

"Hum… Possible…" pensa à voix basse Trade en tournant son regard d’un air méfiant vers Beroe qui se trouvait devant lui. "Enfin. Continuons les recherches", affirma-t-il peu après en sortant de la maison dépourvue de toit.

Aussi les recherches reprirent-elles à travers les ruines de Griffonstone.

 

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"Kof, kof !"

Ding… Ding… Ding…

15h… Le temps s’écoule décidément lentement… Très lentement…

C’est d’un air blasé que, regardant la ville depuis la fenêtre de son bureau, le griffon Polemic commenta l’annonce de la nouvelle heure par le clocher.

Tenant un verre contenant un liquide de couleur ambré et dégageant une petite odeur de sucré, le directeur de la rédaction La parole de Minotauria soupira et bu le contenu d’un coup sec.

Arrrghhh ! Ca arrache ! Arrgh… Je comprends pourquoi cette boisson commençait à avoir du succès dans le pays. commenta-t-il intérieurement alors qu’il avait la gorge en feu.

Une fois son verre de rhum vide, Polemic se retourna et alla vers son bureau. Dessus se trouvait une plaquette représentant la une du journal d’aujourd’hui qu’il avait réalisé la veille alors que le nuage de cendres arrivait sur la ville.

« La princesse Twilight amène le crépuscule de Minotauria… ». Tel était le titre en lettre noir avec en dessous une carte du pays, et dont Minotaurville au centre était menacé par une étendue nuageuse grisâtre venant de l’Ouest. Sur une partie de cette étendue nuageuse, était visible une tête équine semblable à celle de Twilight, affichant un sourire vengeur et dont les pattes avant fumeuses entourées d’un air menaçant la capitale.

Une belle Une... repensa Polemic après un soupir, alors que malheureusement pour lui, peu de tirages ont été réalisés du fait de la panique générale des habitants face à la menace dans le ciel. De même, son personnel n’était pas venu travailler ici, chacun préférant prendre soin de ses proches.

Maintenant, il se retrouvait seul dans son lieu de travail, n’ayant pas d’autre endroit où aller et ayant toute une partie de sa vie rattachée à ce lieu. Après une nouvelle toux sèche tout en regardant depuis son bureau la salle de rédaction de l’autre côté de la porte, sans y voir quelqu’un, Polemic ouvrit un des tiroirs de son bureau et en sortie une boite rectangulaire. De celle-ci, il en dégagea un cigare qui mit en bouche avant de se saisir et d’enflammer une allumette.

D’ordinaire, je ne prends ces cigares des îles du Sud que pour les moments mémoriaux, comme lors du procès de l’alicorne… se dit-il en retirant le cigare de la bouche pour expirer de la fumée en fermant les yeux. Aujourd’hui, c’est pour la fin de Minotaurville…

Pendant ce temps, derrière une fenêtre fermée par des barreaux, était allongé sur une couche de paille posée sur un lit de bois un minotaure au pelage violet.

"Kof ! Kof !"

Alors qu’il toussait, le minotaure entendit du bruit et se mit assis sur son lit de fortune, grimaçant de douleur en déplaçant sa jambe gauche.

"Ouvrez-moi cette porte et laissez-nous seuls." lança une voix forte que le minotaure reconnu, apercevant ensuite un des siens pénétrer dans la salle où il se trouvait tandis qu’on refermait la porte derrière lui.

Là, les deux individus s’observèrent silencieusement durant quelques secondes.

"J’avoue que j’ai eu du mal à le croire quand un garde m’a dit que vous étiez retenu ici depuis tout ce temps." finit par dire le nouvel arrivant. "Pourtant vous êtes bien là, sénateur Protective.

– Moi-même je suis assez surpris de vous voir ici, sénateur Revenge", répondit le minotaure prisonnier, laissant ensuite s’installer un nouveau silence. "J’imagine que c’est vous qui êtes aux commandes en l’absence du Chancelier", reprit-il.

"Excat. Il faut bien que quelqu’un dirige le navire en l’absence du capitaine, surtout quand on a un nuage de cendres au-dessus de la tête", confirma Revenge avant de baisser son regard pour observer le bandage à la jambe gauche de son interlocuteur. "J’imagine que ça a dû être douloureux.

– C’est surtout que ce n’est plus de mon âge. Kof ! Kof !" répondit le vieux minotaure avant d’être pris d’une nouvelle toux. "Mais trêve de politesse, je ne pense pas que vous soyez là pour prendre de mes nouvelles. Alors pourquoi êtes-vous là ?"

À cette question, Revenge détourna le regard, pensif, puis rapporta son attention sur son semblable.

"Pourquoi le Chancelier Kalt est-il parti en emportant des statues de poneys du musé ?" se résolut-il à demander, l’air suspicieux.

"Oh… Il ne vous l’a pas dit... Il s’agit de poneys pétrifiés dans la pierre du temps de la guerre. Sans doute qu’il va les utiliser dans sa lutte contre les équidés qui sont réapparus avec l’Empire.

– Des poneys pétrifiés…" répéta inconsciemment Revenge, quelque peu surpris de cette nouvelle. "Et j’imagine que tous les Chanceliers avant lui étaient au courant de cela.

– Vous désapprouvez qu’on nous ait caché cela durant tout ce temps ?" lui demanda Protective en se levant alors que son semblable se déplaçait pour aller vers la fenêtre.

"Hum… Pas tellement à vrai dire", concéda néanmoins ce dernier en regardant vers l’extérieur. "Car dans le cas contraire, beaucoup comme moi aurions été tenté de les détruire et d’en faire de la poussière", ajouta-t-il en se retournant pour faire face à Protective. "Auquel cas, on ne pourrait pas s’en servir contre leur semblable aujourd’hui. J’espère juste que le Chancelier saura les utiliser à bon escient et qu’une fois les poneys vaincus et cette alicorne mauve tuée, on en terminera une fois pour toute avec ces statues."

En entendant cela, le vieux minotaure soupira légèrement.

"Ça ne semble pas vous réjouir", commenta Revenge sans être totalement surpris de cette réaction.

"Sénateur Revenge, on se connait depuis combien de temps ?" demanda alors Protective, provoquant un lever de sourcil chez l’autre.

"Depuis bien longtemps. Je suis arrivé au Sénat alors que vous attaquiez votre troisième mandat", répondit malgré tout ce dernier. "Ce n’est pas pour rien que vous êtes le doyen de notre assemblée.

– Et durant tout ce temps, vous n’avez jamais ressentis un peu de compassions pour les poneys ? Oui, je sais que vous avez été confronté dans votre enfance à une tragédie… Mais moi-même qui ne portais pas plus d’attention sur eux j’ai fini par changer, avec l’aide de Green j’en conviens."

Pour toute réponse, le vieux minotaure vit Revenge froncer les yeux, la colère se lisant dans son regard.

"Vous n’étiez pas présent ce jour-là", commença-t-il à dire, visiblement touché au plus profond de son être. "Mon grand-père m’avait élevé avec bienveillance, m’aidant à apprendre à lire dès mon plus jeune âge et m’enseignant l’Histoire de notre pays près du feu dans sa maison de campagne. Un jour, alors que je n’avais que 12 ans, il m’emmena assister à un spectacle de rodéo dans un petit village près des plaines où on y faisait monter des poneys fraichement capturés. Un spectacle magnifique, avec des poneys luttant vaillamment. Et puis il y a eu ce grand étalon au pelage brun et aux crins à deux bandes d’orange foncé. Un spécimen d’une grande force et qui mit chacun des concurrents pour le monter en échec", continua-t-il à raconter, s’imaginant revivre ce moment.

Le tout sous le regard attentif de Protective, curieux de connaître les circonstances exactes de ce malheureux accident.

"Impressionné par sa ténacité, mon grand-père alla s’entretenir lui-même avec l’organisateur et lui racheta le poney au prix du double de sa valeur pour ensuite le relâcher dans les plaines. Aussitôt qu’il fut libéré de ses cordes, l’animal s’en alla au triple galop, sans se retourner vers celui à qui il devait sa liberté… Puis… Quelques jours plus tard… on s’était rendu un peu en avant dans les plaines pour y déjeuner. C’était une magnifique journée d’été, le ciel était bleu, des fleurs multiples parsemaient la verdure, des sauterelles s’éjectaient à notre passage. Aussi, tandis que mon grand-père dormait, je partis m’amuser à en attraper une, m’éloignant inconsciemment. C’est au détour d’un buisson que j’aperçus alors un poulain, assez grand pour son âge et au pelage marron. En me voyant, il recula légèrement avec appréhension, regardant autour de lui alors qu’il n’y avait que nous deux. Aussi l’enfant que j’étais a cherché à le rassurer, lui disant qu’il n’avait pas à avoir peur de moi. Et sans que je m’y attende, il s’arrêta, comme semblant comprendre ce que je lui disais. Je lui tendis ensuite un biscuit que j’avais gardé sur moi, lui disant que j’en faisais cadeau… Lentement, il s’approcha et pris ce que je lui offrais pour le manger. Ne pouvant alors résister, j’ai approché ma patte de son visage…" raconta Revenge en tournant la tête vers la fenêtre.

"Je me souviens encore de mon sourire en sentant son souffle sur ma peau alors qu’il ne restait que quelques centimètres…. C’est à ce moment que j’entendis un hennissement de colère, m’obligeant à tourner la tête pour apercevoir sur le haut d’une colline un étalon en train de se cabrer d’un air menaçant. Aussitôt, je pouvais voir le poulain fuir dans sa direction… mais alors que je commençais à marcher à reculons, je vis ce poney s’élancer et dérouler la pente pour me charger… J’étais apeuré, et bien que je m’étais mis à fuir en criant à l’aide, je le voyais se rapprocher de plus en plus…" poursuivit-il en regardant dans le vide, la peur se faisant sentir dans voix. "Je me souviens très bien de ce moment où j’ai trébuché et suis tombé par terre… Puis de celui où en me retournant, je vis le regard de haine de ce poney qui n’étais plus qu’à quelques mètres de moi… C’est là que je vis mon grand-père s’élancer et percuter sur le côté le poney, l’arrêtant dans sa course… Mais aussitôt la roulade qui suivit terminée, le poney se remis debout envoya une violente ruade au visage de mon grand-père qui, malgré le sang sur lui, me lança regard dans lequel je devinais qu’il me disait de fuir, que je ne devais pas voir ce qui allait suivre…" termina-t-il sans avoir visiblement la force de continuer.

"Oh… Je suis désolé pour vous…" commença à dire Protective.

"Oh mais ce n’est pas finis." le stoppa Revenge qui prenait un air de colère, fronçant les yeux de plus en plus en se retournant vers son semblable. "Alors que je m’étais relevé et remis à fuir, je pouvais entendre derrière moi le son de violents coups qu’on assénait, accompagné de cris de douleur, pour ne pas dire d’agonie. Puis je finis par me retourner et je vis mon grand-père ensanglanté à terre, cherchant à se protéger le visage avec son bras, alors que son assaillant s’était cambré pour envoyer le coup de grâce. C‘est alors… que nos regards entre moi et l'équidé se sont croisés… Et c’est là, que j'ai reconnu qu’il s’agissait du poney que l’on avait remis dans les plaines. Et sitôt cette réalisation faite dans mon esprit, le poney plongea avec toute sa force son sabot dans le coup de mon malheureux grand-père, provoquant un craquement qui me glaça le sang… Après m’avoir regardé encore quelques secondes… Il s’en s’alla au galop et disparu derrière une colline, laissant sur place un enfant apeuré et le corps sans vie de celui qui lui avait rendu sa liberté…"

En terminant son récit en serrant les poings, Revenge réinstalla un lourd silence dans la pièce.

"Hum… Certainement que… que ce poney était le père du poulain et qu’il a cru que vous alliez le capturer, comme lui auparavant." finit par commenter Protective en se touchant le menton, pensif.

"Et pour cela il a battu à mort une personne âgée devant son petit fils avant de le laisser seul dans les plaines. Sans doute pensait-il que je n’arriverai pas à retrouver mon chemin pour rentrer." enchaîna aussitôt son semblable sans décolérer. "Mais je l’ai fait, et j’ai réalisé ce jour-là que même si on changeait de comportement avec ces animaux, jamais ils ne montreront de la reconnaissance et ne feront qu’en profiter pour se venger et nous abattre. Aussi, je me suis promis suite à ce meurtre que je ferais tout pour éviter que cela ne se reproduise et pour m’assurer que jamais, par trop de bonté à leur égard, ces animaux ne puissent un jour mettre fin à notre peuple.

– J’entends votre raisonnement Revenge. Mais est-ce que vous ne pensez pas que tout ce qu’il s’est passé depuis un mois pratiquement ne devrait pas nous faire réfléchir à une autre politique ? Après tout, pourquoi devrait-on se battre contre ces poneys revenus du temps de la guerre ? Cette princesse Twilight ne semblait pas afficher de volonté de vengeance à notre égard.

– Parce que comme vous l’avez indiqué, le poney qui a tué mon grand-père la fait pour éviter à son poulain le même sort que lui, et m’a abandonné pour me laisser mourir seul afin de se venger. Il en sera de même pour les poneys du temps de la guerre quand ils verront ce que sont devenus de leurs descendants. De même, ils finiront par réclamer des compensations, par vouloir revenir dans leurs anciens foyers, puis exigerons à ce qu’on parte, voire voudront nous asservir", argua avec force Revenge, avant d’inspirer et d’expirer lentement. "Deux peuples sur une même terre ne peuvent coexister pacifiquement. L’un d’eux doit s’adapter à la culture de l’autre, sinon c’est le communautarisme puis la guerre assurée. Et si guerre il y a à terme… alors qu’on aura accueilli et libéré les poneys sauvages, qui finiront par redevenir intelligents… les équidés seront en large supériorité numérique, nous condamnant de fait à être vaincus.

– Possible, mais pas sûr. Après tout, on a bien des griffons et des diamond dogs parmi nous et qui ne nous causent pas d’ennuis.

– La différence est que les diamond dogs et griffons acceptent de s’assimiler à nos lois et ne représentent qu’une petite portion de la population de Minotauria. Et puis, entre nous, les diamond dogs n’ont jamais eu de conscience politique, ni de revendications, et sont passés d’une autorité à l’autre durant la guerre. De même, les griffons, s’ils sont plus nombreux, sont davantage tournés vers le commerce que vers la politique, tandis qu’ils ont une dette envers nous qui les avons accueillis après avoir fuis leur pays suite au « Fléau ». Avec les poneys, nous avons à faire à une espèce que nous avons combattue et qui vient directement du temps de la guerre, avec donc un esprit guerrier et sachant utiliser la magie.

– Mais il y a toujours moyen à ce qu’on parvienne à un accord entre poneys et minotaures, pour contenir toute volonté de vengeance et effusion de sang." voulu néanmoins défendre Protective. "Après tout, c’est cela notre « métier ». Faire de la « politique », au sens noble du terme, c’est agir pour l’intérêt commun."

À cette affirmation, Revenge ne put retenir un soupir amusé et croisa les bras.

"Encore faut-il savoir ce qu’est l’intérêt commun. Est-ce celui où on laisse les poneys redevenir libres, et donc, où on hypothèque l’avenir de nos enfants ? Où est-ce celui où on agit maintenant pour résoudre le problème, et ainsi éviter les massacres de demains et une guerre dont on sortira perdant ?

– Votre seconde option comporte, elle aussi, un massacre, qui lui est assuré.

– À la différence qu’il ne concerne que des poneys intelligents d’un autre temps. Le but d’un représentant du peuple, et d’agir pour « son » peuple."

Suite à cette déclaration, Protective afficha un air pensif puis préoccupé.

"À vrai dire, vue ce que je crois que le Chancelier Kalt va faire avec les volontaires ayant répondu à son appel, ces Kalteriens, je crains que le massacre qui vient ne concerne les deux camps.

– C’est-à-dire ?" questionna Revenge intrigué.

"Je m’interroge sur s’il ne va pas faire en sorte de placer ces volontaires, qui n’ont pas d’expérience, en première ligne pour s’assurer qu’un grand nombre ne reviennent pas de la confrontation. Ainsi, il aura « débarrassé » le pays des éléments les plus enragés de la société qui s’étaient exprimé lors des manifestations contre les poneys dans villes." expliqua le vieux minotaure en baissant les yeux, sans être tout à fait sûr de la viabilité de cette hypothèse. En reportant son regard vers Revenge, il vit celui-ci pensif à son tour.

Oserait-il ? Sacrifier ceux qui se sont portés au secours de la Patrie parce que quelques-uns ont commis des exactions sur des propriétaires d’animaux dont le pays regorge dans les plaines ? Au risque de mettre à mal la natalité du pays alors que la plupart des Kalteriens sont jeunes et n’ont pas encore fondé de famille ? La terre appartient pourtant à celui qui la possède, du fait de l’importance numérique de son groupe.

"Croyez-moi Revenge, je n’ai comme vous aucune envie de voir mon pays disparaître. Je veux au contraire le voir prospérer et assurer à nos descendants une vie heureuse", clama Protective. "Mais si c’est vers cela où on va, alors je préfère une paix boiteuse qu’une bonne guerre où tout le monde finira perdant, quel que soit celui qui aura survécu.

– Sauf que ça reviendrait à choisir entre la guerre et le déshonneur. Et à la fin, on aura choisi le déshonneur envers nos enfants qui, eux, auront la guerre", objecta le minotaure avec conviction. "En plus, un accord avec les poneys ne sera jamais accepté par une partie de la population, surtout chez ceux qui ont des intérêts dans l’exploitation des poneys sauvages. Ce changement serait trop brusque pour être consenti. Vous devriez d’ailleurs le savoir, après ce que vous avez fait lors du procès de cette jument mauve", ajouta-t-il en rappelant à Protective son action au sein du jury qui avait appelé à l’unanimité pour la mort de l’alicorne.

"Je reconnais volontiers que les personnes de mon âge rechignent à des changements brusques. On aime la stabilité après avoir eu une vie pleine de péripéties. Mais je pensais alors qu’elle était isolée et j’avais eu pitié en la voyant toute traumatisée après les explications du Chancelier sur les raisons de la guerre. Mais aujourd’hui le contexte est différent. Ce n’est plus d’une princesse dont il est question, mais de l’avenir de deux peuples. Le nôtre et le leur.

– Et justement. Si on avait eu le courage de régler rapidement cette affaire de l’alicorne quand on la détenait, probablement que rien de tout cela ne se serait produit", rétorqua Revenge, avant d’inspirer et d’expirer longuement. "Mais bon. Au final, on est d’accord sur le constat, pas sur la réponse à apporter", commenta-t-il calmement.

"C’est cela, cher collègue sénateur", répondit Protective avec un sourire en coin, pas mécontent d’avoir un débat entre parlementaires pour s’occuper. "Et maintenant ? Vais-je continuer à attendre ici que la mort vienne me chercher ?" demanda-t-il, curieux de la suite, avant d’être de nouveau pris par une toux sèche.

Face à lui, Revenge garda le silence de longues secondes. Finalement, le vieux minotaure soupira et mit les bras en croix, exposant son torse.

"Que faites-vous ?

– Je vous laisse le choix. Vous pouvez aussi bien me frapper au visage, au cou, à la poitrine, au ventre… Si c’est là que la mort doit me trouver, autant la faire venir maintenant. D’autant qu’avec la confusion en ville avec ce nuage, un mort de plus ou de moins, fut-il un défenseur d’une entente avec les poneys, quelle différence ?"

Face à cette situation, Revenge attendit de nouveau quelques secondes, sans qu’il soit possible de savoir si c’était dû à la surprise de cette action, ou à l’hésitation pour forcer la fin du vieux minotaure.

Finalement, le sénateur Revenge soupira.

"Que ce soit ici ou ailleurs, la mort est partout avec ce nuage de cendres, dont je soupçonne les poneys de l’Empire d’être responsables. Je désapprouve la position de l’opposant, mais je respecte la personne âgée devant moi." finit par déclarer Revenge en se mettant en marche, passant à côté de Protective pour ensuite arriver et frapper à la porte de la pièce qui s’ouvrit, ouvrant au vieux minotaure le passage vers « la liberté ».

 

Note de l'auteur

 

J'espère que vous avez apprécié cet échange entre nos deux sénateurs ^^

À la semaine prochaine pour suivre l'exploration de Rarity et Fluttershy dans Griffonstone.

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