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Chapitre 70 : La nuit est tombée sur Minotauria

"Ouvrez les portes !"

C’est sur un air ferme qu’un officier ordonna aux gardes d’ouvrir à la berline attelée attendant à l’entrée du fort. Celle-ci fit un arc de cercle afin de s’arrêter avec le côté de la portière face au bâtiment d’où sortit en courant le général Tactic. Dans le ciel, les derniers rayons du Soleil disparaissaient pour faire place à la nuit.

"Chancelier Kalt, soyez le bienvenu au « Camp du peuple en armes »", lança le vieux général tandis que le dirigeant de Minotauria descendait de la voiture. "Dès qu’on a reçu votre message indiquant que vous veniez, j’ai ordonné qu’on vous prépare des appartements dans le fort. J’espère que vous serez satisfait malgré le peu de confort."

"Je ne suis pas venu ici pour avoir du confort, mais pour mettre un terme à cette crise qui n’a que trop durée", répondit avec une pointe d’agacement Kalt qui regardait autour de lui. "Où en êtes-vous dans vos préparatifs ?" questionna-t-il ensuite en posant un regard oppressant sur son interlocuteur.

"Heu… Hum, Hum. On est très loin de pourvoir dire que les Kalteriens forment une force de frappe digne d’une armée, mais en les combinant avec les troupes régulières, on a une chance face aux équidés. Mais nous n’avons pas fini de fabriquer assez d’armes pour que chacun ait une épée et une lance. La production de bouclier, quant à elle, n’a permise pour le moment d’équiper qu’un quart environ de nos effectifs professionnels", répondit Tactic après quelques hésitations.

"Bien. Et pour les machines de guerre ?

– On en a six de prêtes avec pour chacune le nombre standard de munition.

– Montrez les moi", ordonna finalement Kalt en se mettant en marche vers l’extérieur du fort, situé au centre du camp désormais éclairé par de multiples feux.

En traversant le complexe militaire, guidé par Tactic, le Chancelier ne prêta pas attention aux murmures et quelques acclamations des Kalteriens et soldats sur son passage. En arrivant près de la file de chariots bâchés qui l’avait conduit jusqu’ici, et où se trouvaient des statues d’équidés, il rappela qu’aucune atteinte ne devait être fait à ces dernières. Il se fit ainsi menaçant sur les sanctions que subirait quiconque désobéira et ne répondit pas aux questions sur ce qu’il comptait en faire.

Après quelques minutes de marches, alors que le ciel étoilé se faisait plus dense, Kalt arriva à proximité de plusieurs piles de troncs d’arbres et de six constructions en bois.

"Les voici, Chancelier", déclara le général en s’arrêtant et en tendant le bras vers les machines de guerre. Chacune d’elles faisaient environs cinq mètres de hauteur et consistaient en un assemblage liant une perche à un large contrepoids. À l’autre extrémité de la perche, était attachée une large poche de cuire reposant au sol avec une corde pour la maintenir. "Alors, que pensez-vous de nos trébuchets ?" demanda-t-il, satisfait.

Mais tandis qu’il espérait voir de la satisfaction chez Kalt, celui-ci n’afficha aucune émotion et s’avança vers l’un des engins, l’examinant de près.

"Quelle est leur portée ?" questionna-t-il en touchant la perche pour ensuite tourner les yeux vers le contrepoids pendant en l’air.

"À peu près 450 mètres. Et j’ai augmenté leur puissance en ordonnant à ce qu’on abaisse la taille des boulets pour en mettre plusieurs dans la poche. De même, en les recouvrant de poix, on pourra en envoyé certains enflammés. Avec ça, les équidés vont souffrir avant d’atteindre nos lignes.

– Je veux ne pas qu’ils souffrent", répliqua Kalt après avoir inspiré profondément en continuant d’observer le trébuchet devant lui. Puis, il se tourna vers le général, sourcils froncés. "Je veux qu’ils meurent", reprit-il avant de se remettre en route, bientôt suivi du général. "Selon vous, ces machines pourront-elles propulser ces statues ?" questionna-t-il peu après en désignant de la tête les chariots au loin qu’il avait conduit ici.

"Hum… C’est envisageable. Mais, pardonnez-moi de reposer cette question Chancelier, pourquoi avez-vous amené ces statues ? Nous avons déjà des munitions pour nos machines." se permit de demander perplexe Tactic alors que tout deux arrivaient près des stands de tirs, visiblement déserts et éclairés par quelques torches. Mais en regardant Kalt, le vieux minotaure n’entendit aucune réponse lui parvenir.

"Parce qu’il s’agit de poneys pétrifiés du temps de la guerre", expliqua alors une voix forte, faisant arrêter net les deux minotaures.

En se tournant vers la provenance de cette voix, Kalt vit un minotaure de dos devant un petit feu de camp, assis sur une botte de paille et en train de travailler une tige de bois. À ses côtés, reposaient à terre une arbalète ainsi que plusieurs carreaux avec des plumes mauves à leurs extrémités.

"Capitaine Soldier", lança finalement Kalt en reconnaissant aisément l’officier qu’il n’avait pas revu depuis qu’il l’avait fait partir de Minotauria.

"Chancelier Kalt", répondit Soldier sur le même ton froid après s’être levé en se retournant, tenant toujours la tige de bois dans une patte.

"Le capitaine Soldier nous a proposé son assistance pour entrainer les « Kalteriens » en partageant son expérience récente. Je dois reconnaître que son aide est bien utile et permet de faire comprendre aux volontaires que ce qui les attend est tout sauf une promenade de santé", commenta peu après le général.

"Je ne fais que mon devoir envers mon pays, général.

– Je constate que vous avez conservé le premier prototype d’arbalète que je vous avais confié pour la capture de l’alicorne dans les plaines", lança finalement Kalt en observant l’arme et en se remémorant la fois où elle lui avait été présentée par Tactic dans la capitale, avant la crise de la venue de la princesse Twilight. "Je ne me souviens pas pourtant vous avoir autorisé à l’emmener avec vous suite à votre… « affectation » à fort Sentinelle", continua-t-il d’un ton plus réprobateur en reportant son regard vers l’officier.

"Disons que j’y attache une certaine affection depuis que j’ai commencé à l’utiliser." se défendit Soldier. "Et j’ai eu l’occasion de m’en resservir plusieurs fois, me permettant de me perfectionner dans les tirs à longue distance et ainsi d’aider à la formation des autres soldats minotaures.

– Nous verrons cela le jour venu", répliqua le Chancelier.

"Si je peux me permettre Chancelier, le fait que vous soyez venue avec ces statues de poneys, me fait croire que ce jour est très proche d’advenir", reprit le capitaine dubitatif, interloquant le général qui regarda Kalt, attendant sa réaction.

"Ce sont des plumes de l’alicorne, n'est-ce pas ?" préféra questionner Kalt en remarquant la plume mauve installée sur la tige que tenait Soldier.

"En effet, la jument en a laissé quelques-unes dans le massif où son groupe est tombé. Elles sont assez pratiques pour l’empennage de mes carreaux d’arbalètes", affirma le capitaine, provoquant un levé de sourcil chez Kalt.

Et puis ça donnera une certaine touche poétique quand je l’abattrais enfin, continua-t-il en pensant au jour prochain où il pourra satisfaire sa soif de vengeance à l’égard de cet animal.

Avant que l’un des trois ne reprennent la parole, un soldat minotaure arriva en courant.

"Chancelier, on a reçu ce message de la capitale par pigeon. Il est marqué « urgent » dessus", déclara-t-il en tendant le petit rouleau à Kalt qui s’en saisit et le déplia une fois le soldat reparti.

"Oh non…" lâcha-t-il après l’avoir lu.

"Chancelier ?" s’inquiéta Tactic tandis que Soldier se doutait que cela n’annonçait rien de bon.

"Minotaurville… Elle est confrontée depuis ce matin à un nuage de cendres qui diminue la lumière du jour et provoque des retombées qui polluent l’atmosphère.

– Comment cela est-il possible ?" s’interrogea Soldier.

"Hum… Le volcan dans les « smokey mountains » a sans doute dû en rejeter une grosse quantité dans le ciel et les vents les ont poussés vers la capitale", pensa Kalt.  

"Pensez-vous qu’on doive y dépêcher des forces pour venir en aide à la population ?" demanda pour sa part le général, laissant perplexe le Chancelier.

"D’après ce message, avant que le nuage n’atteigne la ville, le sénateur Revenge avait déjà fait évacuer par train les enfants et leurs mères. Il supervise maintenant le maintien de l’ordre et la préservation des ressources alimentaires tandis que le Sénat a décidé de rester sur place." finit par répondre Kalt en regardant à nouveau le message, remerciant intérieurement les sénateurs pour avoir bien agi et éviter de renforcer la crise en fuyant. "Si ce nuage continue de se répandre, les cultures du pays vont en souffrir et une crise alimentaire risque de se produire…" réfléchit-il à voix basse en se déplaçant, tête baissée. "Et envoyer des troupes pour aider les agriculteurs à protéger leurs cultures reviendrait à affaiblir nos chances contre les poneys qui eux sont de toute façon protéger par les hautes chaînes de montagnes au Nord…"  continua-t-il en revenant vers Tactic et Soldier. Puis il s’arrêta et releva la tête vers eux, puis regarda le capitaine. "Je pense, capitaine Soldier, que le jour que vous attendez va vite arriver", déclara-t-il en provoquant un léger sourire sadique chez le minotaure.

"Vous êtes sûr de votre décision Chancelier ?" lui demanda Tactic.

"Plus vite on attaquera, moins les poneys auront eu le temps de se préparer. Plus vite on les battra, plus vite on pourra s’occuper des cultures, quitte à prendre des poneys vaincus comme esclaves", affirma le Chancelier d’un air ferme. "Et de plus, une fois vaincu, on pourra réquisitionner leurs propres provisions et terres cultivables pour venir en aide aux nôtres si jamais le risque de famine se concrétisait avec ce nuage.

– Quand partons-nous ?" questionna le capitaine d’un ton où on pouvait sentir de l’empressement, amenant Kalt à sortir et regarder sa montre à gousset.

"Dans trois heures, le temps que les soldats que j’ai amenés aient le temps de reprendre et de se reposer.

– Je vais commencer à faire préparer les bagages de nourriture du camp", annonça alors Soldier en prenant avec lui ses carreaux d’arbalètes et son arme fétiche. Il fut bientôt suivi par Tactic, après que ce dernier ait jeté un regard vers Kalt pour finalement le saluer militairement après un bref instant.

Resté seul sur place, le Chancelier Kalt inspira et expira profondément.

Bien. Cette affaire de nuage de cendres tombe à pic et me permet de lancer l’offensive comme prévu et sans avoir à parler de l’affaire des Pierres de l’Entente que les poneys sont en train de rassembler et dont la nouvelle pourrait en démoraliser plus d’un ici. pensa-t-il satisfait, avant de pousser un léger soupir. Mais… concernant la finalité de cette guerre, il semble de plus en plus évident que je ne vais pas avoir le choix… continua-t-il en se mettant en route, bras croisé dans le dos et yeux baissés. Chancelier Kalt, sauveur de Minotauria et exterminateur des poneys parlant… Voilà un titre qui risque de se retrouver d’ici quelques années dans les livres d’Histoire… Mais si tel est mon destin…

 

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Dans le ciel étoilé, cinq silhouettes équines se déplaçaient, passant devant l’astre lunaire qui illuminait les vastes plaines sauvages.

"Arrêtons-nous pour la nuit", proposa la chef de file en commençant à diminuer son altitude, entrainant les autres avec elle.

En se posant à terre, Twilight fit un tour de tête, tournant ses oreilles devant et derrière pour vérifier l’absence de toute menace. Ne voyant rien de suspect, elle se retourna vers les autres qui venaient d’atterrir.

"Ça fait bizarre de survoler un monde que vous avez dirigé plus de mille ans et qui est redevenu sauvage", déclara pensive Célestia en regardant autour d’elle, voyant un petit bois à proximité comme il y en a beaucoup dans cette région sauvage.

"Tu es sûr que c’est une bonne idée de faire ce détour par les plaines Twilight ?" questionna pour sa part Starlight en mettant fin à sa magie pour voler dans les airs, se contentant de tenir dans son aura les Eléments de Rainbow Dash et de l’alicorne.

"Je sais que ça rallonge un peu pour nous rendre vers l’Empire de Cristal, mais au moins, on est à peu près sûr de ne pas tomber sur des minotaures ou des éclaireurs du camp de la force d’invasion", répondit cette dernière, avant d’afficher un air interrogateur. "Par contre, je me demande pourquoi tous les troupeaux de poneys qu’on a aperçu en vol semblaient se diriger vers le Nord… Comme s’ils fuyaient le Sud…

– Tu crois qu’il a un rapport avec les « Smokey mountains » et le volcan ?" demanda Flash en retirant son armure avec Thorax.

"Possible…" reconnut-elle avec appréhension.

À la suite de ces paroles, Twilight et le groupe se restaurèrent en prévision de la poursuite de leur voyage. En broutant une épaisse touffe d’herbe, Thorax vit un scarabée en sortir pour trouver un endroit plus tranquille. Il se rappela alors de comment certains de ses semblables avait « modifier » leur alimentation. Aussi, après un moment d’hésitation et un rapide regard vers les autres pour s’assurer qu’il n’était pas observé, le changeling se lança et attrapa dans ses crocs l’insecte.

Hum… Bien craquant… ça pourrait presque faire penser à un biscuit, commenta-t-il intérieurement, non mécontent du goût et cherchant déjà une autre bestiole pour confirmer le test.

Après quelque minutes, Twilight releva la tête, sentant dans ses sabots comme des mini secousses. De même, elle entendit un faible grondement provenant de l’autre côté d’une colline. Prise de curiosité, elle s’y dirigea, bientôt suivi des autres.

Au sommet de la colline, le groupe aperçu à une centaine de mètres un troupeau de poneys au galop faisant route au Nord.

Tous ces poneys sauvages… Dires qu’ils descendent de personnes pouvant parler… Voire de certains que j’aurais rencontré durant mon règne… se dit la princesse du Soleil.

"Je me demande ce que leurs ancêtres ont subi pour peu à peu revenir à ce… « stade »", commenta pour sa part Starlight en observant les poneys s’arrêter et se mettre à brouter. "Un stade où aucun d’eux n’a de talent spécifique, où ils sont d’une certaine manière… égaux", continua-t-elle pensive, avant de remarquer les regards des autres et notamment celui accusateur de Twilight sur elle. "Heu… Eh, eh… simple curiosité", affirma-t-elle nerveusement aussitôt alors que l’alicorne mauve levait un sourcil, dubitatif. "Bon, je ne sais pas vous, mais moi je suis… Whaaaaa… exténuée...", reprit-elle peu après en imitant un bâillement tout en mettant un sabot devant sa bouche.

"Hi, hi. Elle a raison. On a encore une longue route demain", déclara Célestia après un petit rire devant cette scène. Elle commença donc à redescendre la colline avec les autres, avant de tourner la tête. "Tu viens Twilight ?

– Je… Je vais rester encore un peu", répondit la jument vers sa semblable qui lui envoya un hochement de tête avant de partir.

Pendant que la princesse s’éloignait, Twilight continua d’observer le troupeau éclairé par la lumière de l’astre de la nuit, puis poussa un léger soupir. Peu après une brise lui arriva sur le côté, faisant flotter sa crinière et sa queue comme si elles étaient imbibées de magie.

"Ça ne te dérange pas si je me joins à toi ?" demanda une voix masculine qu’elle reconnut facilement, lui faisant afficher un timide sourire.

"Au contraire, j’en serais ravi", dit-elle sans se retourner.

La jument sentit alors une présence se mettre à ses côtés, avec les plumes des ailes de l’individu touchant les siennes.

"Tu t’inquiètes pour tes amies, n’est-ce pas ?

– À croire que tu lis dans mon esprit. Mais oui… J’ai le sentiment qu’il s’est passé quelque chose d’horrible… J’ai peur d’avoir fait une erreur en les entrainant dans cette histoire", continua-t-elle en baissant la tête. Elle sentie alors une couverture plumeuse se poser sur son dos.

"Tu ne les as pas condamnés. Elles étaient là quand Canterlot est tombé, elles savaient ce qui les attendaient en se joignant à toi. Et si elles l’ont fait, c’est parce qu’elles ont confiance en leur réussite, et en toi", affirma le pégase confiant, avant de regarder le paysage devant eux, avec ces plaines parsemées de collines et d’arbres isolés ici et là ainsi que de petits bois. Le tout sous un ciel étoilé que traversa une étoile filante. "Cet endroit est vraiment magnifique.

– Oui. Tout semble si simple ici", confirma Twilight avant de s’asseoir avec Flash qui continuait de la couvrir de son aile. "Le cycle de la vie qui suit juste son court naturel, sans qu’il n’y ait d’interférences du fait de l’intelligence et de la volonté de pouvoir et de domination qui en résulte chez certains", continua-t-elle en regardant les poneys du troupeau. Elle pouvait ainsi voir les membres des quelques couples en train de caresser le corps de leur partenaire avec leur museau, battant la queue pour certains, tandis que d’autres collaient juste leur front. De même, elle pouvait voir les poulains en train de jouer à se courir après, d’autres frotter leur museau contre le poitrail de leur mère tandis que les plus jeunes s’occupaient de téter. Le tout dans un calme apaisant. "C’est peut-être ça qui est la principale cause du retour des poneys à l’état sauvage en fin de compte...

– Comment ça ?" questionna surpris Flash en regardant également les poneys.

"Peut-être se sont-ils inconsciemment laissés revenir à un stade primitif pour « s’échapper » de la tourmente face aux actes des minotaures après la guerre… pour retrouver une certaine sérénité, où ils n’ont pas à craindre pour leur vie hormis face à des prédateurs", expliqua la jument en se rappelant la fois où elle avait eu une conversation similaire avec Spike la nuit après son premier galop sauvage.

"Et dans un sens… Tu les envies ?" demanda à nouveau le pégase en tournant la tête vers l’alicorne. Cette dernière ne put alors retenir un petit rire.

"Tu sais… Durant mes lectures de livres d’aventures, j’étais fascinée par le courage des héros qui plusieurs fois ont eu l’occasion de faire demi-tour… mais qui à chaque fois ont préféré continuer d’avancer malgré les obstacles. Ils avançaient parce qu’ils avaient la foi. Et moi, j’ai foi qu’il y a du bon dans ce monde, et que les poneys y ont toute leur place pour y vivre, qu’ils soient sauvages ou intelligents", raconta-t-elle d’un ton calme, avant d’inspirer et d’expirer. "Donc même si je m’inquiète pour beaucoup de chose en ce moment et sur le comment pour y parvenir, je veux garder espoir sur le pourquoi.

– Oh, tu te considères donc comme une romancière, voire un héros de livre ? Je savais que la nature d’alicorne donnait de nombreuses compétences, mais pas celle de pouvoir frimer.

"Pff… T’es bête", répliqua amusée Twilight en lui donnant un léger coup de patte. "Et d’ailleurs, soldat Flash, vous devriez faire preuve d’un peu plus de respect envers une princesse et une porteuse du plus puissant des six Éléments d’Harmonie", continua-t-elle en se levant et en déployant ses ailes en signe d’autorité.

"Oh, mille excuses votre majesté", répondit souriant l’étalon en se levant également pour ensuite s’incliner devant la jument qui afficha un air satisfait. "Veuillez pardonner l’imprudence d’un simple pégase orphelin, qui comme vous le savez, n’a à son actif que d’être un vétéran de guerre et qui peut seulement se féliciter d’avoir coordonné l’évacuation de l’orphelinat de Canterlot lors de la chute de la ville."

"Hum… Dans ma grande bonté, je vais vous pardonner cette insolence", déclara la princesse en levant un sabot vers elle. "Mais en échange, sa Majesté que je suis, exige que vous l’accompagniez pour un galop de minuit."

"Heu… Comme il vous plaira, votre grâce", accepta après un moment Flash en se remettant debout, surpris.

"Bien. Alors suis-moi !"

Sur ces paroles où elle s’était cabrée en agitant ses pattes avant, la jument s’élança, enjouée et suivie de près par Flash.

Débuta alors pour les deux poneys une course dans la nature avec la brise pour les pousser et la Lune pour les éclairer. Côtes à côtes, ils s’amusèrent à sauter par-dessus tronc d’arbres et rochers, monter et descendre des petites collines, parfois en se laissant volontairement tomber à terre pour débouler la pente.

Comme pour Flash, le bonheur se lisait sur le visage de Twilight. De fait, la jument retrouvait non seulement ce doux sentiment de liberté qu’elle avait eu dès la première fois où elle avait galopé avec le troupeau… mais ce soir, elle y ressentait bien plus de plaisir que lorsqu’elle le fit avec Chrysalis ou encore avec ses amies dans l’Empire.

C’est drôle cette sensation… C’est comme marcher sur des nuages… pensa-t-elle en commençant à traverser avec Flash un champ de pissenlits, faisant voler les aigrettes que la brise emporta ainsi que les quelques pigeons et colombes présents. Oups… Heureusement que Fluttershy n’est pas là pour voir ça…

Pour l’étalon aussi, c'était une douce sensation qui l’habitait. Il avait l’impression que son cœur voulait se mettre à chanter pour celle qui l’avait libéré de l’emprise de Blueblood et pour qui il donnerait sa vie, sans hésiter.

Pour chacun d’eux, la notion de temps avait disparu, le monde avait disparu.

Après avoir monté une autre colline et fait un échange de regard, les deux équidés se cabrèrent face à face et se donnèrent de légers coups de pattes avant, cherchant à savoir qui était le plus résistant des deux. En reculant sur ses pattes arrière, l’un d’eux finit néanmoins par perdre l’équilibre et tomba en arrière, entraînant l’autre avec lui dans une roulade le long de la pente de la colline.

Splash !

"Whooaaa !" s’écria Twilight en émergeant de l’eau de la petite rivière où elle et Flash venaient de tomber. "Flash ?" demanda-t-elle aussitôt en cherchant le pégase.

Celui-ci finit par émerger à proximité, rejetant l’eau dans sa bouche telle une fontaine avant porter son regard surpris vers l’alicorne.

Chacun s’observa alors, se demandant ce qu’il venait de se passer tandis qu’ils se retrouvaient avec de l’eau jusqu’au cou.

"Pfffff… Ah, ah, ah, ah !"

Le rire. C’était la seule chose qui leur vint à l’esprit à cet instant.

"Ah, ah. Bon, je pense qu’après tous ces efforts, un bain s’imposait", commenta l’étalon en se rapprochant de la jument.

"De toute façon, on savait tous les deux que s’était moi qui allais gagner à la fin", rétorqua cette dernière en faisant de même.

"Oh, je n’en suis pas sûr", lança d’un air taquin le pégase avant d’arriver face à l’alicorne. Les deux équidés penchèrent alors légèrement leur tête en avant, laissant leur front se toucher tandis qu’ils se regardaient dans les yeux, chacun avec un petit sourire au visage. "On ne devrait pas rester trop longtemps ici. Tu risques de prendre froid et Équestria a besoin d’une princesse en parfaite santé pour la guider.

– Réchauffe ta princesse dans ce cas."

Sur ces mots, la jument et l’étalon relevèrent la tête et, avec un peu d’hésitation, rapprochèrent leur museau l’un de l’autre.

Au moment où leurs lèvres se rencontrèrent, une explosion se produisit et une multitude de sensations traversèrent l’esprit des deux équidés qui avaient les yeux fermés et sentaient leur corps trembloter. Malgré le noir autour d’elle, Twilight avait l’impression de voir des étincelles partout tandis qu’une douce sensation agitait sa bouche. Si son premier baiser pour libérer Flash lui avait ouvert l’esprit sur ses sentiments à son égard, celui-ci lui faisait désormais ouvrir son cœur et lui confirmait qu’elle avait trouvé son poney spécial. Un poney avec qui elle ne faisait plus qu’un en cet instant.

Pour l’étalon aussi le temps était au bonheur interne. Il se remémora la première fois où il vit cette jument à l’Empire de Cristal. Cette fois où elle le percuta par mégarde et où il dû attendre quelques secondes avant de retrouver ses moyens pour finalement la présenter aux autres princesses. Mais surtout il se rappela la seconde fois où cet incident de produisit de nouveau, avec cette fois un sourire sur le visage de la princesse quand il l’aida à se relever. Un sourire qui était resté imprégné dans son esprit depuis. Désormais, il n’était pas seulement le garde d’une jument détenant le titre de princesse d’Equestria, mais aussi le garde de la jument qui détenait son cœur.

En mettant fin à leur baiser, les deux équidés ne mirent pas pour autant fin à leur échange visuel. Est-ce qu’il venait de se passer une minute, une heure, un mois, un an, un siècle ? Aucun des deux n’en avaient la moindre idée et ne s’en souciaient. À la place, ils conservaient leur sourire l’un envers l’autre dans un silence paisible où seul le courant de l’eau se faisait entendre.

Pourtant, malgré la fraicheur de la rivière à cette heure tardive, la chaleur dans le cœur maintenant en feu de la jument ne diminuait pas. En fait, cette dernière avait même l’impression qu’une autre source de chaleur venait d’apparaître en elle, dans une autre partie de son corps. En réalisant cela, ses pupilles se contractèrent.

Oh… par… Cé… les… tia…

Cherchant à conserver son calme, l’alicorne se dirigea vers le bord de la rivière et en sortie, bientôt rejointe par le pégase.

"Tout va bien ?" lui demanda ce dernier en voyant le changement de comportement de la jument qui terminait de se secouer.

"Oui, oui. J’avais juste un peu trop chau… froid, froid. J’avais trop froid", expliqua cette dernière en affichant un sourire nerveux devant le pégase tandis qu’elle collait sa queue contre elle.

"Oh, eh bien viens près de moi", invita-t-il en réponse après s’être également secoué, puis couché à terre.

Inspirant et expirant pour se décontracter, l’alicorne alla se mettre contre l’étalon qui l’a recouvra de son aile.

"Tu te sens mieux ?" demanda-t-il en voulant s’assurer qu’elle était bien ainsi.

"Oui, un peu", répondit-elle reconnaissante avec des rougeurs aux joues, avant de se décider à déployer, elle aussi, une aile pour la mettre sur le dos de l’étalon.

Les deux équidés restèrent ainsi là sans rien dire, observant les milliers de points lumineux dans le ciel nocturne.

Néanmoins, l’alicorne ne put s’empêcher à un moment de mettre sa queue sur le côté, la posant sur celle de Flash qui en retour approcha un de ses sabots avant sur lequel la jument posa un des siens.

Mais alors qu’une odeur commençait à éveiller ses sens, l’étalon remarqua sa bien-aimée prendre un air attristé.

"Twilight ?" s’inquiéta-t-il en la voyant pleurer en silence.

"Flash… Est-ce que… Est-ce que tu es certain de vouloir t’engager pleinement dans cette voie… avec moi ?"

"Je n’en ai jamais été aussi sûr", affirma-t-il en posant son second sabot avant sur celui de la jument. "Bien que j’appréhende un peu la réaction de ton frère…" ajouta-t-il plus bas en regardant sur le côté un bref moment.

"Moi j’hésite encore", avoua celle-ci en fermant les yeux. "J’ai peur… en pensant à ce jour où tu me quitteras sans que je puisse te rejoindre peu après, à cause de ma nature d’alicorne. Est-ce que je pourrais supporter cette souffrance ?" questionna-t-elle pour elle-même.

"Hum… tu sais, quand j’étais en poste à Canterlot, beaucoup de gardes se demandaient comment la princesse Cadence allait gérer sa vie de couple avec ton frère et sa longévité. Et quand ceux qui le connaissaient lui posaient la question, ton frère leur répondait qu’elle préférait vivre heureuse et connaître la peine de leur séparation le moment venu, plutôt que de passer toute sa vie dans la souffrance en ayant renoncé à ses sentiments", raconta le pégase calmement. "Et comme te l’a dit la princesse Célestia ce matin, si jamais on prenait tout les deux cette voie, non seulement on vivrait sans à avoir de regrets, mais aussi… Enfin… bien que ce soit là un peu prématuré d’en parlé… eh, eh… on vivra à travers ceux qu’on mettra au monde", continua-t-il en terminant sur un ton plus nerveux, se frottant ensuite la nuque d’une patte.

"Petit espion…" lança Twilight sur un ton amusé en essuyant ses larmes.

Peu après les deux poneys se regardèrent à nouveau dans les yeux, chacun voyant alors dans le regard de l’autre que sa décision était prise.

"Je t’aime." s’échangèrent-ils en même temps, avant de s’embrasser à nouveau en fermant les yeux.

Après ce moment qui une nouvelle fois semblait avoir mis fin au temps, l’étalon interrompu leur baiser et commença embrasser le cou de la jument.

"Continue…" lâcha l’alicorne en gardant les yeux fermés et en tendant le cou, agitant inconsciemment les oreilles et laissant sa queue frapper la croupe du pégase.

À ce moment, dans un autre lieu dans les plaines, Thorax sorti brutalement de son sommeil. Le changeling put alors sentir dans l’air, poussée par la brise, la douce odeur de ce que raffolait son peuple. Une odeur dont l’intensité le conduisit à se lécher inconsciemment les canines.

Mais reprenant ses esprits en se secouant la tête, Thorax regarda autour de lui. Et s’il vit la présence de Starlight et de Célestia de chacun de ses côtés, le changeling s’inquiéta en constatant l’absence de Twilight et Flash.

En continuant de chercher, il remarqua que Célestia, bien que couchée au sol, était éveillée et avait la tête levée vers le ciel, un sourire au visage.

"Princesse Célestia, où sont Twilight et Flash ?"

"Ne t’en fais pas, ils sont juste partis tous les deux. On les retrouvera demain", répondit-elle confiante sans tourner la tête et sans perdre son sourire.

"Hein ? Demain ? Mais qu’est-ce qu’ils font ?

– Oh, eh bien… disons qu’ils sont en train de… « Batifoler », comme disait Starswirl en son temps." Répondit la princesse avec un petit rire qu’elle étouffa en mettant un sabot sur le museau, sous le regard interrogateur du changeling.

Mais avant de pouvoir faire quoique ce soit, son regard et celui de Célestia furent attirés par une dizaine d’étoiles filantes traversant le ciel, chacune marquant un arc de cercle et donnant l’impression de se diriger vers la Lune.

Hum… Si Abdomen était là, je pense qu’il dirait en tirant la langue d’un air dégoûté que « ça sens mauvais » songea Thorax en commençant à comprendre le sens du mot du grand magicien d’Equestria.

 

Note de l'auteur

Un chapitre avec deux ambiances bien différentes, n'est-ce pas ? 

J'espère que ceux qui ont l'oeil ont remarqué les deux scènes d'amour issues de films Disney, dont je me suis inspiré pour ce "galop de minuit" entre nos deux poneys ^^

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