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Chapitre 27 : Un geste

Alors que le couloir du passage secret résonnait du cri désespéré de sa prisonnière, Kalt finit par regagner sa salle de bibliothèque, renfermant le passage et mettant fin à ce bruit assourdissant. Ensuite, il se dirigea vers son bureau et remarqua l’horloge indiquant 8h10.

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‘‘Non… pas encore… noAAAHHH !

 

-Arrêtez, je vous en supplie ! Vous allez le tuer !

 

-Alors réponds moi ! Où sont-ils ?!

 

-Je vous l’ai dit ! Ils sont dans la forêt interdite ! Pitié !

 

-La première réponse à ce genre d’interrogatoire n’est jamais la bonne, dis-moi simplement la vérité.’’ Sur ces mots, Soldier refrappa la patte du changeling, dont le chiffon recouvrant sa blessure était maintenant imbibé de sang, tout comme son museau.

 

Depuis qu’il était devenu le moyen de torture psychologique de Twilight, Frons avait passé les vingt dernières minutes à endurer les actes de Soldier. Il subit ainsi l’écrasement de sa patte blessée, puis d’autres coups sur le corps, ainsi que le supplice de l’eau comme Twilight qui y eut droit aussi de nouveau.

 

Alors que chaque minute lui paraissait durer une éternité, Twilight avait fait de son mieux pour ne rien dire, comme le changeling, mais les cris et la souffrance qu’elle lisait sur le visage de son ami lui étaient insupportables. Elle avait bien tenté de faire croire qu’elle avouait tout, mais Soldier ne se laissa pas avoir par cette ruse. Elle se demandait même si en disant la vérité elle serait crue, mais le regard implorant de Frons vers elle, lui disait qu’elle ne devait rien avouer, sous peine d’avoir d’autres victimes sur la conscience.

 

‘‘Tu sais que s’il meurt, ce sera ta faute ?’’ lui demanda le minotaure. ‘‘Remarque, tu dois avoir l’habitude vu comment tu as tué ce soldat ce jour-là… Et puis ça te donne une idée de ce que j’ai ressenti quand tu m’as fait ça au visage.

 

-Et vous ?! Vous n’avez pas honte d’agir de façon si cruelle ?!’’ lui cria Twilight, les joues rouges à force d’avoir reçu des gifles, alors que deux soldats accompagnant Soldier la maintenait à terre et la forçait à regarder.

 

‘‘Moi ? Je ne fais que suivre les ordres du Chancelier Kalt.’’ répondit simplement Soldier en frappant de nouveau Frons aux côtes, provoquant un nouveau cri du changeling qui remplit de désespoir le cœur de Twilight.

 

‘‘Heu… Cap… soldat Soldier ?

 

-Hein… Oui ?’’ répondit l'intéressé en tournant la tête vers l’entrée de la salle, où se tenait un autre soldat.

 

‘‘Le… Le Chancelier, aimerait savoir où vous en êtes ?’’ demanda par la suite le nouveau venu, ne pouvant s’empêcher de regarder les deux équidés.

 

‘‘Ça progresse, je finirai par la faire craquer.’’ affirma le minotaure en s’apprêtant à frapper de nouveau le changeling qui préféra fermer les yeux.

 

‘‘Il m’a prévenu que si vous disiez ça… de vous ordonner de cesser l’interrogatoire.’’ le stoppa le soldat.

 

‘‘De quoi ?!’’

 

-Et vous devez… également gagner dans les plus brefs délais votre nouveau poste.’’ ajouta le minotaure, la voix hésitante, malgré le regard noir de Soldier.

 

‘‘Un nouveau poste… où ça ?

 

-Dans le vieux Fort Sentinelle, dont vous avez la charge, avec moi et une cinquantaine de soldats, de restaurer.

 

-Quoi ! Pour avoir servi mon pays, on m’envoi dans un lieu isolé ! Raah !’’ s’emporta Soldier en renversant d’un coup de patte la bassine située à côté, pendant que Twilight ne pouvait retenir un timide soupir de soulagement. Par la suite, sachant qu'il devait obéir aux ordres, le minotaure inspira pour se calmer et s’avança vers l'alicorne et lui parla à voix basse. ‘‘On se reverra jument... J’en suis persuadé.’’

 

Puis brusquement, il prit la route de la sortie, bousculant le soldat qui le suivit, tout comme avec les autres gardes après avoir libéré Twilight de ses liens et refermé la grille.

 

De nouveau seuls, les deux équidés attendirent un moment, voulant être sûrs qu’il n’y avait qu’eux dans cette salle de cauchemar, où un silence pesant régnait.

 

Epuisé, Frons n’eut que la force de se tourner vers Twilight, qui n’avait aucune difficulté à comprendre ce qu’il voulait dire à travers ses yeux.

 

‘‘Oui Frons… C’est fini.’’ répondit-elle avec un petit sourire dans sa direction, sans que ses larmes s’estompent pour autant, craignant ce qui les attendait par la suite. Elle s’installa alors au côté du changeling, le couvrant de son aile tandis qu’il posait sa tête sur son épaule, chacun attendant fébrilement ce que le sort leur réservait.

 

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‘‘Ce n’est pas dans les habitudes du Chancelier de mettre tant de temps. Déjà près d’une heure de retard. Je me demande ce qui le retient ?’’

 

À la question de Protective, Green resta silencieux, faisant mine de l’ignorer.

 

‘‘Ah… Tu m’en veux encore d’avoir acheté cette jument.’’ reprit le vieux sénateur en se tournant vers son ami derrière lui, se rappelant sa frustration en le voyant arriver accompagné d’une jument au pelage quelque peu mouillé.

 

‘‘Je te croyais avec moi pour améliorer la vie des poneys. Et là, je te vois en train d’en exploiter un. Je sais que pour toi défendre les poneys ne veut pas forcément dire s’interdire de les utiliser quand on en a besoin, surtout si on est sûr d’en prendre soin, mais quand même… quelle image on donne maintenant à nos opposants…’’ lui glissa Green en se décidant à parler en baissant la tête vers Protective.

 

‘‘Mais sais tu pourquoi j’ai pris une jument ?’’ commença à s’expliquer calmement ce dernier, qui devant le silence de Green reprit la parole. ‘‘Pour éviter qu’elle ne soit prise pour des tâches trop lourdes, et qu’elle ne soit forcée à se reproduire et ensuite voir son poulain lui être arraché. De même, quand j’avais voulu acheter cette jument qui a donné naissance à ce poulain licorne, je l’avais fait dans l’optique de te confier par la suite ce dernier une fois sevré.

 

-C’est vrai ?’’ demanda alors Green, surpris.

 

‘‘Bien sûr. Il aurait ainsi connu une vie « libre », sans craindre d’être capturé un jour puis vendu. Mais le sort a fait qu’il naisse avant que je puisse te le confier, et qu’il soit licorne…’’

 

Devant cette confession de son vieil ami, Green finit par afficher un sourire et voulut le remercier, mais fut stoppé en voyant le Chancelier entrer finalement dans la salle.

 

Ce dernier avançait d’un pas lent, pattes derrière le dos, sous le regard curieux de l’assemblée et du public. Une fois arrivé au centre de la salle, où étaient déjà installées les personnes conviées pour la séance, Kalt fit un tour de tête de la salle, vérifiant que tout le monde était prêt, avant d’inspirer profondément.

 

‘‘Veuillez m’excuser pour mon retard sénateurs, j’avais un dossier urgent à traiter.’’ déclara-t-il d’un ton calme. ‘‘Mais avant de débuter la séance, permettez-moi de vous informer que l’équipe de capture de l’alicorne a accompli sa mission avec succès.’’

 

À ces mots, Green baissa la tête, navré, pendant que d’autres sénateurs applaudirent le Chancelier, certains se levant.

 

‘‘Elle est en ce moment même enfermée dans la caserne, sans possibilité d’utiliser sa magie. poursuivit Kalt.

 

-Parfait, qu’attendez-vous pour l’abattre ? Il faut en finir avec cette espèce du Tartare !’’ s’exclama un sénateur, recevant des approbations d’autres collègues.

 

‘‘Je vous reconnais bien là, sénateur Revenge. Mais voyez-vous, j’ai gardé cette alicorne en vie afin d’en savoir plus sur elle.

 

-Et comment ? En hennissant avec elle ?!’’ reprit le sénateur amusé, provoquant un rire dans la salle.

 

"Presque, en lui parlant tout simplement.’’ répondit Kalt, faisant de suite taire l’assemblée stupéfaite. ‘‘En effet nobles représentants du peuple, cette alicorne a la capacité de parler. J’ai pu ainsi apprendre beaucoup d’elle, à commencer par le fait qu’elle se nomme princesse Twilight Sparkle, et qu’elle n’est pas de notre époque. Elle est une princesse disparue d’avant la guerre contre Équestria, et doit son arrivée ici suite à une mauvaise manipulation d’un sortilège.

 

-Mais qu’attendez-vous pour l’abattre ?! Qu’elle rase la ville, sinon le pays en entier, pour venger les siens ?!’’ demanda un autre sénateur apeuré.

 

‘‘Allons gardez votre sang froid sénateur, je viens de dire qu’elle est dans l’incapacité d’utiliser sa magie.’’ continua Kalt en mettant discrètement une patte dans une des poches de son vêtement pour vérifier qu’il avait bien la clé de l’anneau de Twilight après l’avoir récupérée de Soldier. ‘‘Mais aussi surprenant que cela va vous paraître, j’hésite à signer un arrêté autorisant son exécution.’’

 

-Quoi ?!

-C’est de la trahison !

-Comment osez-vous ?!

-Vous êtes malade ?!

 

-Silence !’’

 

Ce rappel à l’ordre qui mit fin à la cacophonie, ne venait pas du Chancelier mais du sénateur Green qui s’était levé. 

 

‘‘Chancelier, peut-on savoir d’où vient cette « hésitation » ?’’ questionna ce dernier en se rasseyant une fois le calme revenu.

 

‘‘Bien que vous aimeriez que ce soit le cas, sénateur Green, je refuse d’agir non pas par générosité, mais parce que comme je vous l’ai dit, elle n’est pas de notre époque et n’a pas pris part au conflit. De même, comme il s’agit d’une jument intelligente ayant la capacité de parler et une personne royale, j’estime qu’on ne peut l’exécuter aussi aisément qu’un poney sauvage.

 

-Et qu’attendez-vous de nous alors Chancelier ?’’ demanda Green de plus en plus intrigué.

 

‘‘Bien que la sécurité de Minotauria me préoccupe plus que tout et que je considère cette alicorne comme une menace, je préfère m’en remettre à vous, sénateurs. C’est à vous de décider si cette alicorne doit vivre, ou mourir.’’ déclara Kalt avant de s'asseoir, laissant les sénateurs perplexes et la salle dans un profond silence.

 

‘‘Évidemment qu’on doit l’exécuter !’’ finit par dire un sénateur. ‘‘C’est une alicorne, les plus puissantes créatures chez les poneys d'antan !

 

-Je tiens à préciser que, dans l’optique où vous décidez qu’elle vive, j'ordonnerai qu’elle ne puisse plus utiliser sa magie, ni qu’elle ait la capacité physique d’avoir une descendance. Enfin, elle sera gardée en détention dans un lieu hors de la ville, aménagé néanmoins pour assurer son confort.’’ affirma calmement le Chancelier depuis son siège.

 

‘‘Écoutez mes amis, voilà une occasion en or de débuter le changement de notre politique sur les poneys ! Montrons à cette alicorne le meilleur de notre espèce, et je suis sûr qu’elle ne nous jugera pas responsables des actes de nos ancêtres envers les siens.’’ lança tout joyeux Green.

 

‘‘Vous voulez laisser entrer et faire vivre un loup au milieu des brebis ?! Hors de question !’’ rétorqua un autre sénateur.

 

‘‘Un loup à qui on aura enlevé les dents !’’ objecta en retour un autre sénateur.

 

‘‘Nos ancêtres sont morts en voulant mettre fin à l’existence de cette espèce dangereuse et égoïste, nous ne pouvons les trahir ainsi !

 

-Mais on parle d’une personne royale, bon sang !

 

-Et alors ? Je vous rappelle que la dernière personne royale chez nous, l’a tellement été qu’elle en a perdu la tête. Qui sommes-nous si on laisse une jument vivre, parce que c'est une "princesse", alors qu’on est en République ?!’’

 

Pour les personnes du public habituées à assister aux séances du Sénat, la "salle des débats" n’avait jamais si bien porté son nom et autant raisonné des déclarations des sénateurs qui se scindaient en deux camps, de même que le public, certains de part et d'autres commençant à en venir aux coups. Le Chancelier Kalt, restait quant à lui totalement impassible, écoutant les arguments des uns et des autres quand ce n’était de pures insultes.

 

‘‘Traître !

 

-Imbécile !’’

 

-Mes amis, écoutez-moi s’il vous plaît.’’ finit par déclarer Protective en parlant plus fort que les autres. ‘‘Nous sommes devant un choix qui nous marquera à jamais, qui sera jugé par nos descendants, par l’Histoire. Nous devons en conséquence nous montrer à la hauteur de l’évènement, et ne pas prendre de décision hâtive.

 

-Voilà de bien belles paroles sénateur Protective, mais qui ne nous avancent pas plus. Par ailleurs, je tiens à vous rappeler, mes chers collègues, que cette jument a du sang sur les sabots.’’ s’exclama Revenge.

 

‘‘Justement, parce que cette alicorne a commis un crime, il nous faut la juger, avec un tribunal qui statuera sur son sort. Ainsi nous montrerons que nous respectons notre État de droit et que, dans l’optique où elle serait condamnée à mort, nous ne faisons pas d’exécution extrajudiciaire.’’ répondit Protective avec force, plongeant la salle de nouveau dans le calme.

 

‘‘Je demande un vote, pour décider si un procès est nécessaire ou non.’’ finit par dire un sénateur, recevant l’approbation de la plupart de ses collègues, avant que Kalt finisse par se lever et prendre la parole à son tour.

 

‘‘Soit. Le code couleur est le suivant, bleu pour le jugement, rouge contre et donc l’exécution, et blanc pour blanc.’’ déclara par la suite Kalt, laissant les représentants s’avancer au centre de la salle avec le jeton de leur choix.

 

Après quelques minutes pour le vote, Kalt se mit à faire les comptes, aidé de deux huissiers. Pendant que les sénateurs attendaient avec anxiété, certains se rendant compte trop tard de l’importance de ce scrutin et regrettant déjà leur vote.

 

‘‘Vraiment ? Bien…’’ dit à voix basse le Chancelier, surpris, à un des huissiers, avant de se retourner vers les sénateurs. ‘‘Messieurs les sénateurs, je vous annonce une égalité parfaite dans les résultats. Je me donne donc le droit d’ajouter ma voix pour vous départager, comme le veut la coutume.’’

 

Sur c’est mots, la plupart des sénateurs retinrent leur souffle, d’autres comme Green se préparaient à partir en devinant le choix du ‘‘Sans-Cœur’’, qui prit son temps pour répondre, sentant un lourd poids sur ses épaules.

 

‘‘Je vote pour le jugement. Une personne seule ne peut prendre une décision aussi lourde, que l’exécution d’une princesse. Je m’en remet au bon sens du peuple et à sa justice rendue par jury.’’ finit-il par déclarer, stupéfiant l’assemblée devant un tel geste.

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