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Chapitre 26 : D’éprouvants moments

Toc, toc

 

‘‘Hum… Qu’est-ce que c’est ? Ouch ! Aïe !’’

 

La chute de Trade depuis sa chaise alors qu’il était affalé sur la table du salon, finit par avoir raison de son sommeil, le faisant douloureusement revenir à la réalité.

Autour de lui, plusieurs bouteilles d’alcool étaient ouvertes, et Beroe et Fingel se trouvaient respectivement couchés au sol et affalés sur la table. Sur cette dernière, se trouvait un petit coffre ouvert, rempli de pièces d’or, dont certaines étaient éparpillées dans la pièce.

 

Toc, toc, toc

 

‘‘Moui, moui… une minute à la fin…’’ prononça avec difficulté le marchand énervé en se dirigeant vers la porte de leur maison, regardant l’horloge pour constater qu’il était bientôt 7h du matin.

 

‘‘Bonjour, je suis bien chez le marchand de poneys Trade ?’’ demanda un minotaure en armure après que le griffon ait ouvert.

 

‘‘Hein… Euh, oui… B… Bonjour… Qu’est ce que vous voulez ?’’ répondit ce dernier en cachant son agacement alors que le soleil ne s'était pas encore levé.

 

‘‘Vous êtes bien en manque de marchandise pour votre commerce d’après ce que j’ai entendu ?’’ questionna de nouveau le soldat, recevant alors un hochement de tête de Trade, bien qu’une horrible migraine commençait à se faire sentir chez celui-ci. ‘‘Eh bien sachez que c’est votre jour de chance l’ami, je vous amène un troupeau de poneys sauvages que nous avons capturé il y a peu, alors que nous rentrions de patrouille à l'extérieur de la ville.’’

 

‘‘Des poneys ? Attendez… Comment avez-vous pu capturer des poneys ? Les plaines sont trop loin et toujours interdites d’accès…’’ redemanda avec difficulté Trade en se tenant la tête.

 

‘‘Je le sais. Mais ces poneys-là ne viennent pas des plaines, on les a capturé il y a moins d’une heure alors qu’on rentrait en ville. C’est drôle d’ailleurs quand on y pense, on les a trouvé peu après qu’on se soit plaint de ne plus avoir de poneys à acheter ici.’’ s’expliqua le minotaure tandis que d’autres tenaient par des cordes un groupe de sept poneys. ‘‘Snif… Bheu… Par contre, vous pouvez me dire pourquoi vous puez l’alcool comme ça ?’’ demanda-t-il ensuite en ne pouvant s’empêcher de se boucher le nez face à l’haleine du griffon.

 

‘‘Oh ça, eh bien… je… Je noyais justement mon ennui dans l’alcool… Bon, euh… Vous me les vendez combien ?’’ répondit rapidement Trade, voulant mettre rapidement fin à cette discussion qui renforçait son mal de crâne, mais ne pouvant pas non plus refuser un moyen de remplir encore un peu plus son nouveau coffre.

 

‘‘Bah… On a qu’à dire deux sous par poneys.’’ finit par dire le soldat, sous le regard satisfait de Trade, qui intérieurement se félicitait que les minotaures, notamment les soldats, n’avaient pas l’esprit marchand aussi développé que les griffons.

 

‘‘Rah… Bon, entendu l’ami, mais c’est bien parce que j’ai l’esprit trop embrumé que je ne négocie pas ce prix exorbitant…’’ déclara-t-il en allant chercher de quoi payer, tout en réveillant ses deux partenaires pour leur dire qu’ils avaient du pain sur la planche.

 

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‘‘Bonjour, princesse !’’

 

En se réveillant brutalement, tout comme Frons à côté de qui elle dormait, Twilight regarda autour d’elle puis finit par remarquer la présence de Soldier, sourire aux lèvres, avec trois autres gardes devant la grille.

 

‘‘Qu’est-ce que vous voulez ?’’ leur demanda-t-elle en fronçant les sourcils tout en se levant.

 

‘‘Oh rien de plus que des informations. Réponds honnêtement dans la minute et je vous laisse tous les deux en paix. Dites-moi où as-tu rencontré ces changelings ?’’

 

‘‘Quoi ? Je vous l’ai déjà dit, on s’est rencontré par hasard dans les plaines.’’ s’énerva Twilight en se voulant persuasive tout en se retenant de crier.

 

‘‘Et où as-tu laissé ce poulain, qu’on aurait dû abattre depuis bien longtemps ? Et ton petit dragon ?’’

 

‘‘Mais c’est à croire que vous avez un dysfonctionnement des oreilles… Ils sont morts !’’

 

‘‘Bien… Mauvaise réponse aux deux questions, et la minute est passée. Place aux gros moyens.’’ commenta Soldier en ouvrant la porte de la grille, puis en s’avançant vers Twilight qui avait un très mauvais pressentiment et recula de quelques pas à son approche.

 

‘‘Qu’est-ce que vous comptez fai...’’

 

Slak !

 

Avant de pouvoir finir sa phrase, la jument venait de recevoir une violente gifle de la part du militaire qui la fit tomber au sol, Frons étant au même moment maintenu à terre par deux soldats. Étourdie par le choc, l’alicorne ne put réagir quand Soldier et l’autre garde lui mirent une corde à ses pattes avant, serrant fermement pour provoquer une sensation de brûlure sur son pelage.

 

‘‘Bien, maintenant passons à l’interrogatoire.’’ commenta Soldier en se levant pour se driger vers l’abreuvoir, entraînant de force avec lui Twilight en la tenant par le haut de la crinière.

 

‘‘Aiiie ! Lâchez moi ! Aiiie !’’ cria-t-elle de douleur en traînant au sol avant de voir où elle était conduite. ‘‘Non ! Vous n’allez pa…’’

 

Splash ! Gurgle, gurgle, gurgle…

 

‘‘Non, arrêtez !’’

 

Ne prêtant aucune attention aux appels de Frons, Soldier continuait de maintenir fermement la tête de Twilight sous l’eau d’où sortaient des bulles. L’alicorne s’agitant désespérément pour se dégager, battant des ailes par instinct, alors que le besoin de respirer se faisait de plus en plus pressant.

 

Gurgle, gurgle, gurgle…

 

‘‘Je vous en prie, arr… Humf !’’ Continuait de supplier Frons, avant d’avoir son museau lié par une corde.

 

‘‘Merci, on s’entend mieux. Bien, encore quelques secondes et on va voir si elle est plus coopérative.’’ lâcha énervé Soldier en enfonçant un peu plus la tête de Twilight dans l’eau.

 

Gurgle, gurgle, gurgle…

 

‘‘Voilà, ça devrait suffire.’’ finit-il par dire avant de relever Twilight en la tenant toujours par la crinière.

 

‘‘Haaaam ! Kof ! Kof ! Vous… Kof ! Vous êtes fou !

 

-Je ne fais que suivre les ordres. Maintenant dis-moi la vérité ! Tu n’as pas rencontré ces changelings par hasard dans les plaines, où était-ce ?!’’ re-questionna Soldier alors que Twilight reprenait sa respiration.

 

‘‘Kof… Ecoutez… Ils m’ont délivré des griffons dans la nuit… Kof… et nous avons fait route ensemble… Kof… C’est tout !

 

-Mauvaise réponse.’’

 

‘‘No…’’

 

Splash ! Gurgle, gurgle, gurgle…

 

‘‘Si tu penses pouvoir jouer au plus malin avec moi, tu te trompes lourdement jument.’’ lui glissa Soldier en se penchant vers la tête submergée de Twilight, restant sourd aux appels étouffés du changeling. ‘‘Je suis prêt à y passer la journée entière, voire plus si nécessaire, mais au final je finirais par découvrir ce que tu nous caches.’’

 

Gurgle, gurgle, gurgle…

 

Pendant qu’il parlait, les secondes semblaient durer des heures pour Twilight, qui sentait ses poumons se contracter, renforçant ses gesticulations et batements d'ailes. Après encore un temps d'attente, le militaire releva la tête de l'alicorne.

 

‘‘Prooouuufff ! Kof ! Kof ! A… Arrêtez ça… Kof… Je... Hof... Je vous en prie…

 

-C’est à toi qu’il appartient d’y mettre fin. Alors pour changer, dis moi maintenant où se trouvent ce poulain licorne et ce dragon. Juste un lieu. Tu peux bien me donner le nom du lieu où ils sont, non ?’’

 

‘‘Kof… Ils sont morts… et reposent dans un endroit… Kof… tranquille… Kof… loin de brutes comme vous ! Kof…

 

-Bon on avance lentement, mais sûrement.’’ commenta Soldier, avant de faire replonger la tête de Twilight sans crier gare.

 

Gurgle, gurgle, gurgle…

 

‘‘Je ne te cache pas que je prends un certain plaisir de faire ça, alors j’espère que tu vas faire durer cet interrogatoire avant de tout avouer.’’

 

Gurgle, gurgle, gurgle… Gurgle… Gurgle… … Gurgle…

 

‘‘Humrrff !

 

-Heu… Capitaine, il faudrait la faire remonter là.’’ suggéra un soldat en remarquant les soubresauts de l’alicorne qui faiblissaient, tout comme le nombre de bulles d’air éclatant à la surface, tandis que Frons s’agitait de plus en plus.

 

‘‘Hum ? Oui, en effet.’’ répondit Soldier en relevant lentement la tête de Twilight, ne prenant pas soin de préciser à son collègue sa récente dégradation.

 

Mais une fois à l’air libre, Twilight resta inconsciente, de l’eau lui sortant de la bouche.

 

‘‘Twihumff !’’

 

Après l’avoir couchée à terre, Soldier entreprit un massage cardiaque, permettant à Twilight de retrouver connaissanceet de se tourner sur le côté pour recracher l'eau qu'elle avait dans les poumons.

 

‘‘Huumprooouuuf ! Kooof ! Kof ! Haaam !’’

 

Slak !

 

‘‘Ne nous quitte pas déjà. Bon je te laisse du temps afin de réfléchir à la question suivante, veux-tu continuer ?’’ lui lança le minotaure après lui avoir envoyé une nouvelle gifle, avant de prendre la sortie avec ses soldats qui libérèrent Frons et lui enlevèrent sa corde au museau, laissant Twilight finir de recracher l’eau qu’elle avait dans les poumons et de reprendre lentement son souffle.

 

Une fois sûr qu’ils avaient quitté la salle, le changeling se précipita en boitant vers son amie.

 

‘‘Est-ce que ça va ?! J’ai vraiment cru que tu étais partie…’’ demanda-t-il avec anxiété, se couchant près d’elle.

 

‘‘Kof… J’aurais bien aimé que ce soit le cas…’’ commença à dire Twilight épuisée. ‘‘Kof… Mais j’ai une photo à faire avec Spike et mes amies… Kof…’’

 

‘‘En tout cas, tu fais preuve d’un grand courage pour résister ainsi.’’ félicita le changeling en posant amicalement une patte sur le dos de la jument.

 

‘‘Ce n’est pas du courage Frons… Je n’ai simplement pas le choix… Kof… Si je leur dis où se trouvent les poneys ou les changelings… ils découvriront alors forcément les seconds… Kof... et les tuerons tous… Mais je ne sais pas si j’arriverais… Kof… à tenir toute la journée sans y rester… pour de bon…’’

 

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‘‘Approchez, approchez messieurs et mesdames ! Pour votre plus grand plaisir, Trade le marchand est de retour !’’

 

Alors que Trade venait de lancer son appel près de l’enclos où se trouvaient des poneys, les passants et habitués s’approchèrent pour observer ce que le griffon avait à offrir, heureux de voir cette marchandise de nouveau en vente. Les sept équidés en vente étaient tous des mâles, à l’exception d’une femelle, restants groupés malgré leur calme apparent, et surveillés par les jumeaux. Ces derniers étaient encore marqués par une gueule de bois, ayant sans succès demandé à leur patron cupide de reporter cette vente. La femelle du groupe d'équidés, légèrement plus âgée que ses semblables, avait pour sa part un pelage beige, avec des paturons blancs à chaque patte et un trait blanc allant du museau à la tête. Sa crinière et sa queue étaient quant à elles d’un blond jaune.

 

‘‘Je sais ce que vous allez me dire… Mais comment ce cher Trade a fait pour se procurer des poneys, malgré l’interdiction de se rendre aux plaines ? Eh bien sachez chers amis que pour sa clientèle bien aimée, ce vieux Trade est prêt à aller au bout du monde ! D’autant que vous avez une double veine, car ces poneys semblent déjà aptes à servir sans qu’ils aient besoin d’un long dressage.’’ affirma le griffon tout sourire, se plaçant comme à son habitude derrière ceux en train d’observer les poneys depuis la barrière de l’enclos. ‘‘Malheureusement… au vu de la faible quantité que j’ai pu vous trouver, je vais à contre cœur devoir augmenter les prix… C'est la dure loi de l'offre et de la demande...’’ poursuivit-il en prenant un air navré. ‘‘Alors, pour les mâles on passe de cinq à sept sous, et de quatre à huit sous pour la femelle.’’ enchaîna-t-il en reprenant un ton naturel. ‘‘Mais soyez rassurés, ils valent tous leur pesant d’or et nul doute que cette jument saura donner une descendance robuste une fois la période de chaleur venue’’.

 

‘‘Trade ! Il me faut des poneys ! Sur le champ !’’ cria une voix familière derrière le griffon, qui en entendant des bruits de pas se rapprocher derrière lui, ne pouvait retenir un sourire.

 

‘‘Ah, Gilron ! Je me doutais que tu viendrais dès que tu apprendrais mon retour.’’ lança-t-il au chef cuisinier, qui arrivait en courant et en ne faisant pas attention aux passants bousculés.

 

‘‘Il me faut des poneys Trade ! Mes clients en ont plus qu’assez que je leur offre des plats sans viande ! Si je ne leur donne pas rapidement leur aliment favori, je vais devoir mettre la clé sous la porte !’’ le supplia Gilron, qui portait sa toque de cuisinier.

 

‘‘Pas de panique l’ami.’’ commença à le rassurer Trade dont le sourire grandissait, avant de l’inviter à s’approcher de l’enclos. ‘‘Regarde, tu n’as qu’à faire ton choix. Bon ils ne sont pas aussi bien bâtis que d’habitude, mais tu devrais quand même trouver ton bonheur.’’

 

En regardant d’un œil attentif les produits en vente, Gilron dû cependant se rendre à l’évidence qu’il n’allait pas aller loin avec ça.

 

‘‘Pff… Bon… On ne peut pas dire qu’ils soient bien bâtis en effet…’’ commença-t-il à dire déçu après un soupir. ‘‘Mais je te prends quand même ce mâle-là, il m’a l’air assez musclé.’’ finit-il en désignant un étalon au pelage orangé, qui en se sentant visé regarda le cuisinier en fronçant les sourcils.

 

‘‘Parfait mon cher Gil. Ça fera huit sous.’’

 

-Huit sous ! C’est une blague ?!

 

-‘Hélas… non... Et j’en suis profondément navré. Mais tu dois comprendre que tu me prives du meilleur spécimen, qui aurait pu servir à diverses tâches toute sa vie.’’ s’expliqua Trade en reprenant un air navré.

 

‘‘Rah ! Bon très bien.’’ céda Gilron en donnant une bourse à son semblable qui la pesa en affichant de nouveau un discret sourire, laissant les jumeaux apporter le poney. ‘‘Au plaisir de te revoir l’ami !’’ lança-t-il par la suite alors que Gilron s’en allait en tenant fermement le poney par la corde de son harnais. Ce dernier tourna rapidement la tête pour voir son groupe le regarder, la jument affichant un air préoccupé.

 

‘‘Bien. Qui d’autre veut de mes poneys ?! Profitez-en, avant que naisse un nouveau poulain avec une corne ! Ah ! Ah !’’

 

‘‘Moi, je vous achète cette jument.’’ déclara un minotaure dans le public.

 

‘‘Entendu l’ami. Et mais attendez… Ce n’était pas vous déjà l’autre fois, qui vouliez justement cette jument avant qu’elle mette à bas ce poulain licorne ?’’

 

‘‘En effet.’’

 

‘‘Pff… Ah ! Ah ! Ah ! Quelle coïncidence ! Eh bien rassurez-vous mon ami, celle-ci ne vous fera pas de faux bond !’’ s’exclama Trade en se tenant les côtes, laissant ses partenaires amener ladite jument vers son nouveau propriétaire, non sans qu’elle tente de mordre la patte de Fangel alors qu’il lui installait à son tour un harnais sans mors.

 

‘‘Et dites-moi… Simple curiosité, pourquoi voulez-vous spécifiquement une jument ?’’ demanda Trade en recevant la somme convenue de son acheteur.

 

‘‘Oh c’est simple… Je me fais vieux et je pense qu’un peu d’aide sera la bienvenue pour transporter mes affaires et mes courses, sans faire mal à mon dos. Et une jument est nettement plus agréable qu’un étalon.’’ répondit Protective en saisissant la corde que lui tendait Fangel. ‘‘Mais je commence à me demander si elle va vraiment être douce…’’ poursuivit-il alors que la jument le regardait d’un regard noir.

 

‘‘Ah désolé monsieur, mais vendu c’est vendu ! Hé, hé !’’ lui rétorqua Trade en faisant sauter les pièces dans sa serre, tout en se dirigeant vers les autres clients potentiels.

 

‘‘Bon… Eh bien en avant ma belle.’’ finit par déclarer le vieux minotaure à sa jument avant de prendre la route, étonné de voir ce griffon de si bonne humeur. ‘‘Sniff... Bouh. Par contre, avant d’aller au service d’enregistrement, je pense qu’un nettoyage s’impose.’’ commenta-t-il en sentant l’odeur peu agréable de l’animal, qui tout en avançant, regardait ceux qu’elle laissait derrière elle, une larme se formant à un œil alors que les poneys restants l’observaient partir, inquiets.

 

Puis résignée, elle suivit d’un pas lent son nouveau maître, tentant de s’habituer à ce harnais qui lui serrait et lui grattait la tête. Après plusieurs minutes de marche, Protective finit par arriver devant un atelier sans mur avec écrit sur une pancarte, « Chez Murfi, vos animaux brillent à la sortie ». En s’approchant du lieu, Protective finit par trouver en tablier un diamond dog nain, de la taille d’un petit poney, en train de finir de brosser un étalon.

 

‘‘Monsieur Murfi ?

 

-Oui, qu’est-ce qu’il y a ?’’ demanda ce dernier le dos tourné en terminant son travail.

 

‘‘Je voudrais que vous vous occupiez de ma nouvelle jument. Je pense qu’après tout ce temps passé dans les plaines, une toilette complète ne lui fera pas de mal. Mais si vous pouvez faire vite, je dois me rendre au Sénat dans une quarantaine de minute’’ s’expliqua poliment le sénateur, pendant que ladite jument regardait les alentours, dans et à l’extérieur de l’atelier.

 

‘‘Ah oui, belle bête.’’ constata Murfi en se retournant et en s’essuyant les pattes avec un chiffon qu’il mit sur son épaule. ‘‘Bien, ne vous en faites pas, elle paraîtra un peu moins sauvage quand j’en aurais fini avec elle.’’ Sur ces mots, il se saisit de la jument pour la placer entre deux barres en bois parallèles et l’attacher aux deux poteaux avant. Par la suite il se saisit d’une paire de ciseau et s’approcha de la tête pour commencer à couper la crinière.

 

Gnap !

 

‘‘Ouahah ! Oh…’’ cria le diamond dog en se tenant la patte mordue, sous le regard hautain et réprobateur de la jument, et surpris de Protective qui regardait la scène. ‘‘Tu veux te battre, c’est ça ?’’ lui lança-t-il en la défiant du regard.

 

Par la suite, après s’être fait un bandage, il déplaça les deux cordes tenant la jument vers le bas des poteaux et en mit d’autres à sa tête de manière à l’immobiliser, avant de placer un sac sur son museau pour l’empêcher de mordre. Rassurer de ne plus subir d’attaques, le diamond dog put ainsi recommencer son travail en s’attaquant à raccourcir la crinière de l’animal. Mais bien que peiné à l’idée de perdre ses précieux crins, celui-ci attendit patiemment que Murfi arrive aux poils au bas du cou. Une fois qu’il atteignit cette zone, la jument se plaqua avec force contre la barre derrière laquelle le diamand dog se trouvait, écrasant sa patte.

 

‘‘Ouïeaaaah !’’ cria-t-il de nouveau en se dégageant avec beaucoup de difficulté, avant de retomber au sol. ‘‘Je vois.’’ réflechit-il par la suite en regardant la jument, qui affichait un regard malicieux, ce qui ne manqua pas d’amuser Protective qui tourna la tête pour cacher son sourire tandis que les poneys présents dans l’atelier semblaient intrigués par ce comportement de leur congénère.

 

Après avoir mis de nouvelles cordes autour de son ventre pour s’assurer qu’elle ne puisse plus bouger, Murfi sorti un couteau de son tablier et souleva un sabot avant de la jument pour en enlever la terre en le tenant entre ses pattes. Bien que surprise au départ de cette opération, la jument finit par avoir une nouvelle idée et retira d’un coup sec son sabot, avant de le relancer et de frapper le derrière de Murfi qui s’étala au sol.

 

‘‘Prffféfé !’’ lâcha-t-elle amusée malgré le sac, pendant que Protective se retenait de rire, alors que les autres poneys semblaient amusés de cette situation.

 

‘‘Tu te crois la plus maline… J’en ai eu des pires que toi.’’ rétorqua Murfi après s’être levé en parlant à côté de la jument au-dessus de son oreille. ‘‘Et crois moi je…’’

 

‘‘Monsieur Murfi, derrière vous !’’

 

‘‘Quoi ?’’

 

Paf !

 

‘‘Oooouuuuille !’’

 

Projeté par le coup de sabot arrière, qu’il prit dans l’arrière train, Murfi percuta la table en bois en face de lui, et où étaient posés divers instruments, certains lui tombant sur la tête suite au choc.

 

‘‘Prff… Rien de… Prff… cassé… monsieur Murfi ? Prfffah, ah, ah…’’ demanda Protective en l’aidant à se relever, faisant de son mieux pour ne pas rire contrairement aux autres poneys qui hennissaient joyeusement à plein poumons.

 

‘‘Bon, elle l’aura voulu.’’ affirma le diamond dog agacé, avec un œil au beurre noir.

 

Puis sans quitter la jument des yeux qui le défiait du regard, il partit chercher quelque chose en retrait dans son atelier.

 

‘‘Je vais te faire voir…’’ glissa-t-il entre les dents en revenant, les autres poneys devenant inquiets en voyant ce qu’il amenait. ‘‘Écartez-vous monsieur… ça va mouiller.’’ conseilla-t-il à Protective alors qu’il pointait un épais tuyau d’arrosage sur l’animal.

 

Après avoir ouvert l’avant du tuyau, un puissant jet d’eau en sorti et s’écrasa sur le pelage de la jument.

 

‘‘Ah ! Ah ! Personne ne tient tête à Murfi, jument !’’ lui lança-t-il victorieusement en passant le jet d’eau sur chaque partie du corps de la femelle. Cette dernière, bloquée, ne pouvant rien faire, si ce n’est subir la puissance du jet et endurer ce nettoyage intensif.

 

‘‘Monsieur Murfi, vous êtes sûr que ce n’est pas trop fort pour elle ?’’ demanda d’ailleurs Protective en se mettant à côté du diamond dog.

 

‘‘C’est vous-même qui m’avez dit qu’elle en avait grandement besoin, je ne fais que respecter vos attentes.’’ répondit sournoisement ce dernier en passant sur le cou de l’animal. ‘‘Au fait, vous ne voulez pas que je la marque au fer pour vous prévenir de tout vol ?’’

 

‘‘Ce ne sera pas nécessaire. Je me contenterai, comme beaucoup maintenant, de l’inscrire aux registres de la ville.’’ objecta Protective, s’assurant que sa jument ne souffrait pas inutilement. Il ne pouvait d’ailleurs s’empêcher de se dire qu’il aurait préféré voir une autre scène, de même que les autres poneys qui baissaient la tête, déçus.

 

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Gurgle, gurgle, gurgle…

 

‘‘Proooufff ! Haaaaam… Kof ! Kof !

 

-Alors, toujours pas décidée ?!’’

 

‘‘Kof… Non… Kof… Mais vous pouvez… toujours vous… Kof… arrêter…’’

-Mauvaise réponse.

-Kof… N…"

 

Splash ! Gurgle, gurgle, gurgle…

 

Cela faisait maintenant près d'une demi-heure que Twilight subissait de nouveau son « interrogatoire », entrecoupé de courtes pauses pour reprendre son souffle.

 

Mais malgré cela, Twilight refusait jusqu’à présent de donner la moindre indication, se doutant si elle parlait du sort qui attendaient ceux qu’elle avait laissé derrière elle. Frons quant à lui, la regardait impuissant.

 

‘‘Alors, ça t’a rafraîchi les idées ?! Maintenant dis-moi où est ce poulain ?! Je suis sûr qu’en réalité, tu l’as laissé avec ton dragon chez d’autres changelings.’’ lui cria Soldier qui perdait patience, la relevant en la tenant par la crinière et en lui donnant une gifle.

 

‘‘Kof… Jamais…’’ rétorqua d’une faible voix Twilight qui n’en pouvait plus, croyant à chaque fois que sa plongée allait être la dernière alors que ses poumons réclamaient de l’air.

 

Splash ! Gurgle, gurgle, gurgle…

 

‘‘Hurmph !

 

-Et toi silence, ou tu prendras sa place !’’ lança le minotaure vers le changeling qui le suppliait de s’arrêter malgré son museau de nouveau lié par une corde. ‘‘Attends… Mais oui… J’aurai du y penser plus tôt.’’ rajouta-t-il tout bas en se rendant compte de quelque chose, sourire aux lèvres.

 

Il releva alors Twilight, qui recracha du mieux qu’elle put l’eau dans ses poumons, avant de la jeter violemment au sol.

 

‘‘Bon, tu ne sembles pas décidée à nous révéler l’endroit où ils sont ?’’ lui redemanda-t-il debout devant elle. Cette dernière n’ayant plus la force de lever la tête.

 

‘‘Kof… Je préfère encore mourir… Kof…’’ réussit cependant à dire avec difficulté l’alicorne, qui bien qu’elle en avait peur préférait encore la mort pour elle seule, plutôt que de la faire subir à tous les autres.

 

‘‘Bien, si tu ne veux pas parler malgré ton supplice, peut-être le feras tu en voyant celui de ton camarade, à moins que ce ne soit lui qui me révèle tout. Après tout, le Chancelier ne m’a pas donné d’indications concernant cette repoussante créature.’’

 

Sur ces mots, Soldier se dirigea vers Frons qui se débâtit désespérément à son approche, toujours maintenu par deux gardes.

 

‘‘Ca risque de faire très mal…’’ lui dit-il en arrivant devant lui.

 

‘‘AAAAAHHH !’’

 

Le cri de douleur de Frons, qui avait maintenant sa patte blessée écrasée par le sabot de Soldier, était insupportable aux oreilles de Twilight qui se les plaqua en serrant les dents.

 

‘‘Non ! Arrêtez ! Comment pouvez-vous être si cruel ?’’ lui cria-t-elle les larmes aux yeux.

 

‘‘Vous pouvez y mettre fin en me donnant le nom du lieu où ils sont.’’ répondit Soldier en levant sa jambe et en regardant Frons, qui malgré l’intense douleur montra les crocs en signe de résistance. ‘‘Pff… J’ai comme l’impression que la journée va être longue.’’ reprit-il d’un air déconcerté, avant de remettre son sabot sur la patte du changeling, faisant de nouveau résonner la salle de cris de douleur.

 

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Bientôt huit heures du matin… Le temps s'écoule de façon bien lente aujourd’hui…

 

Après avoir regardé l’horloge de son bureau, le Chancelier Kalt retourna à ses papiers sur son bureau, mais devait avouer qu’il n’était pas aussi productif que d’habitude.

 

Depuis qu’il avait donné le feu vert pour interroger l’alicorne, il se sentait étrange et n’arrivait pas à se concentrer efficacement dans ses travaux.

 

Si j’ai pris cette décision, c’est pour le bien commun. D’autant que je n’ai pas permis au soldat Soldier d’user des méthodes du roi Bolton, qui lui, aurait eu moins de scrupule et l’aurait même sans doute torturé lui même par plaisir. Je suis loin d’avoir égalé ce tyran… Tiens… En y pensant… Il me semble que les poneys aussi ont eu droit à un grand tyran de leur temps… Hum, c’était qui déjà ? Pas Célestia, car j’ai souvenir qu’il usait de magie noire…

 

Porté par sa curiosité, et ayant besoin de se changer les idées, le Chancelier quitta son bureau pour se rendre dans sa bibliothèque. Là, il prit un livre traitant des souverains chez les trois races, avant le règne des princesses d’Equestria, mais ne trouva pas parmi les quelques tyrans présents de trace d’un souverain ayant fait preuve de cruauté extrêmes.

 

Curieux… Pourtant je suis sûr lors de mes lectures en arrivant ici d’en avoir appris l’existence…

 

Par la suite, Kalt saisit un autre ouvrage, sur les dirigeants du Duché de Maretonia, mais ne trouva là encore aucune trace de ce mystérieux souverain.

 

‘‘Eh bien… Je dois commencer à me faire vieux avec l’exercice du pouvoir… De toute façon je n’ai pas que ça à faire.’’ commenta-t-il tout haut en rangeant son livre.

 

Toc, toc

 

‘‘Hum ? Entrez.’’ dit-il en retournant dans son bureau alors que la porte s’ouvrait, laissant apparaître un huissier.

 

‘‘Pardonnez-moi de vous déranger Chancelier, mais la séance des « questions des sénateurs » va débuter dans une demi-heure.’’ affirma ce dernier, provoquant la stupéfaction de Kalt qui avait oublié cette séance.

 

‘‘Oh… Merci, je vais m’y rendre sur le champ. Les sénateurs ne sont pas trop agités au moins ?’’ demanda-t-il pour savoir s’il devait s’attendre à des questions sur la présence de l’alicorne en ville, suite à une possible divulgation de la part de soldats ou des trois griffons.

 

‘‘Pas à ma connaissance Chancelier, hormis quelques remarques pour les plus âgés concernant ce froid matinal.

 

-Froid matinal… Hum… Bien, préparez ma voiture et attendez moi.’’ répondit calmement Kalt qui venait d’avoir un déclic.

 

Une fois l’huissier reparti en fermant la porte, le minotaure retourna dans sa bibliothèque et prit un livre traitant cette fois de l’Empire de Cristal, le feuilletant rapidement.

 

‘‘Ah voilà !’’ déclara-t-il satisfait, avant de lire les lignes résumant le personnage. ‘‘Roi Sombra, licorne ayant asservi l’Empire pendant plus d’un an, avant d’être détrôné par les princesses Célestia et Luna. … A eu le temps de jeter un sort sur l’Empire, qui a disparu pendant mille ans…’’ en lisant la fin de l’une des phrases, le Chancelier resta perplexe en relevant la tête.

 

Il y a quelque chose qui m’échappe… se dit-il en se dépêchant de prendre un livre sur l’histoire de la guerre contre les poneys par les siens, lisant la partie sur la fin de l’Empire.

 

‘‘Devant la soif de vengeance des yaks au Nord-Ouest, et l’avancée rapide des griffons avec le contingent de minotaures à l’Est, les poneys de cristal ont préféré le suicide collectif à la lutte armée, trahissant leurs frères équestriens et prouvant leur absence totale d’honneur.’’

 

Mais cette princesse Twilight semblait se rendre au Nord pourtant… Se pourrait-il que… que… A part cette princesse, une seule personne pourra m'éclairer. Je dois savoir.

 

Laissant tomber ses livres à terre et après avoir pris soin de fermer à clé la porte de son bureau, Kalt actionna le mécanisme pour ouvrir le passage secret, avant de descendre d’un pas énergique. Arrivé devant la porte de la cellule, il prit une profonde inspiration, puis se décida à sortir sa clé. En entendant la porte de sa cellule s’ouvrir alors qu’elle se trouvait devant sa fenêtre à regarder le soleil dans le ciel matinal, Célestia se retourna pour faire face au minotaure qui entrait.

 

‘‘C’est la troisième fois que je vous vois en moins d’un mois. C’est pour m’annoncer quelle nouvelle aujourd’hui ?’’ Demanda la princesse étonnée.

 

‘‘Faut-il qu’on ait des informations à vous donner, pour qu’on puisse vous voir ?’’ rétorqua calmement Kalt en mettant les pattes avant derrière le dos. ‘‘J’ai dû prendre de lourdes décisions récemment, et je venais me changer les idées en allant vous parler.

 

-Me parler ? Vous me semblez de plus en plus étrange à chaque entretien Chancelier Kalt.’’ déclara l’alicorne suspicieuse. ‘‘Et quel genre de décisions avez-vous prises ?

 

-Si je vous le disais, vous ne me croiriez pas.’’ répondit Kalt impassible, attirant davantage l’attention de l’alicorne.

 

-Dites toujours, on verra si je vous crois. De mon temps, j’encourageais toujours mes poneys à dire ce qui n’allait pas pour se sentir mieux.’’ l’encouragea Célestia curieuse.

 

‘‘Bien… Il s’agit de décisions qui engagent non seulement les minotaures d’aujourd’hui, mais également ceux des futures générations.’’ se décida à expliquer le Chancelier en marchant dans la salle, avant de s'arrêter à la fenêtre pour regarder le paysage au loin, provoquant une accélération des battements de cœur de Célestia qui restait immobile.

 

‘‘C’est-à-dire ?’’ enchaîna cette dernière de dos en gardant un calme apparent.

 

‘‘J’ai pris des directives pour que mon peuple se prépare, dans un futur encore lointain, à vivre un évènement hors du commun quelque part, remettant en question une partie importante de notre histoire sur des évènements ayant eu lieu il y a plusieurs siècles.’’ répondit Kalt en se remettant en marche pour se diriger vers la porte de la cellule.

 

‘‘Un évènement hors du commun ? Voilà qui est bien intriguant. Où ça si je peux me permettre ?’’ demanda de suite après la jument, qui sentait ses poils se hérisser.

 

‘‘Au Nord.’’ se contenta de répondre calmement Kalt de dos, s’arrêtant devant la porte et attendant patiemment la réaction de sa prisonnière.

 

‘‘Au... Au Nord ? Voilà une bien curieuse réponse. Il n'y a rien pourtant là-bas, hormis un froid mortel qui a emporté avec lui les souvenirs d'une ancienne civilisation...

 

-Une civilisation qui pourtant va réapparaitre.'' la coupa Kalt.

 

''Comment le savez-vous ?’’ questionna Célestia en fermant les yeux, le son de sa voix trahissant sa douleur au cœur. A cette réponse, un sourire s’afficha sur le visage de Kalt.

 

‘‘Sur le fait que l’Empire de Cristal n’avait finalement pas mis fin à ses jours, mais avait seulement disparu pour mille ans ?’’ questionna à son tour le Chancelier en se retournant vers Célestia, qui restait de marbre malgré ses yeux en train de se remplir de larmes. ‘‘Grâce à vous qui venez à l'instant de confirmer ma théorie.’’ expliqua-t-il avant d’ouvrir la porte, laissant Célestia en pleurs en comprenant qu’elle s’était faite piéger. ‘‘Néanmoins, je me dois de vous dire ce qui m’a mis le doute sur la version du suicide.’’ reprit Kalt en s’arrêtant au bas de la porte et en tenant la poignée. ‘‘C’est votre ancienne élève Twilight, qui a été capturée il y a peu alors qu’elle se rendait vers le Nord. Bien, merci de cette discussion très enrichissante.’’ sur ces mots il referma d’un coup sec la porte, laissant la princesse en larmes, bientôt atteinte par des tremblements dans tout le corps.

 

‘‘Non… Elle… C’est impossible… NOOOOOON !’’

Note de l'auteur

Croyez vous qu'il y ait encore de l'espoir ? J'en doute ! Ah ! Ah !

Par ailleurs, je tiens à dire que toute ressemblance avec une scène d'un certain film d'animation ou référence à une certaine série, pour laquelle j'ai une grande admiration (du moins jusqu'à sa dernière saison ^^'), est absolument fortuite. XD
 

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