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Chapitre 14 : Mission et punition

‘‘Monsieur, je continue à dire que ce n’est pas une bonne idée d’amplifier la polémique…’’


C’est sur un ton hésitant qu’un minotaure à lunettes commença à s’exprimer en face du bureau de son patron, couvert de journaux et d’autres papiers et photos.
 

‘‘Et moi, je dis qu’il faut frapper tant que le fer est encore chaud !’’ le coupa énergiquement ce dernier, un minotaure à moustache et en bretelles, avec un cigare à la patte. ‘‘Cette Une est parfaite ! Ah ! Ah ! Notre journal va se vendre comme des petits pains avec ça !’’ poursuivit-il d’un ton toujours énergique, bougeant sa tête à chaque fin de phrase de façon nerveuse, laissant son employé dans l’embarras. Sur le bureau de son employeur, une image montrant des gens sortant de leurs habitations en feu, et regardant horrifiés au-dessus d’eux, où se trouvait une ombre géante et menaçante d’une alicorne avec des yeux rouge sang. Le tout sous un ciel assombri et avec pour titre en haut de la page, « La Bête alicorniènne, Minotauria face à la menace fantôme ». ‘‘C’est excellent !’’ ne put s’empêcher de s’exclamer ce minotaure, avant de remettre son cigare en bouche.


‘‘Monsieur Polemic, les gens sont déjà assez inquiets, voir apeurés pour certains, ce n’est pas la peine d’en rajouter avec des titres pareils. Sans parler du peu d’informations qu’on a sur cette créature, on devrait attendre d’en savoir d’avantage.’’

 

‘‘Au contraire, plus c’est court et inquiétant, mieux ça se vend ! News, je ne vous paie pas pour me dire comment nos Unes doivent être, mais comment vendre davantage notre journal.’’ se contenta de répondre son semblable en tournant sur sa chaise pour regarder par la fenêtre. ‘‘Qu’importe les circonstances de la mort de ce soldat, le simple fait qu’elle l’a tué suffit à considérer cette jument comme une menace. Et parler ainsi d’elle est bien plus vendeur que de raconter l’aventure du vieux qui a perdu son dentier, ou du jeune qui à force d’être saoul s’est retrouvé le lendemain dans un box de poney.’’ En finissant sa phrase, Polemic refit tourner sa chaise et regarda dans les yeux News. ‘‘Assez discuté, vous me mettez cette Une pour demain matin.’’

 

‘‘Pff… Bon, entendu Monsieur.’’ se contenta de répondre après un soupir News en se retirant, emportant l’exemplaire de la Une avec lui.

 

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Il est temps.

 

Sur cette pensée, la princesse Célestia se plaça comme chaque soir devant la fenêtre de sa prison, et commença à faire s’échanger la place des astres pour installer la nuit. Malgré tout, elle conservait cette pointe d’espoir qui avait surgi et l’habitait depuis hier soir.

 

Dors bien ma chère Twilight, en espérant que tu te sois pardonnée pour tes actes. Il y a tant d’autres épreuves qui t’attendent dans ce monde…

 

Pendant que le ciel nocturne se formait, un chariot arriva devant le palais de la Chancellerie. Après avoir présenté ses papiers et sa lettre de convocation aux gardes postés à l’entré du bâtiment, qui lui indiquèrent la direction à prendre pour se rendre au bureau du Chancelier, le conducteur pénétra dans la cour du palais, qui plongeait lentement dans la pénombre.

 

De ce chariot descendit un minotaure vêtu d’une cape, et portant d’une patte une boîte en bois avec des petits trous sur les côtés.

 

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Ils ne devraient plus tarder… se dit le Chancelier Kalt en voyant l’horloge dans son bureau, avant de mettre ensuite un sucre dans son thé, une boisson qui avait le don de le calmer quant il s’énervait.

 

Puis entendant quelqu’un frapper à sa nouvelle porte tout récemment installée, il reposa sa tasse sur son bureau et autorisa qu’on entre.

 

En s’ouvrant, la porte fit place à deux minotaures en armure sans leurs armes. L’un d'eux était assez musclé, et la lumière du feu de cheminé laissait voir une affreuse marque de brûlure sur une partie du visage, où se trouvait aussi un cache œil sur celui de gauche.

 

‘‘Capitaine Soldier, je présume.’’ commença le Chancelier assis à son bureau, tout en restant stoïque malgré la vue du capitaine.

 

‘‘Oui, Monsieur le Chancelier, je suis à vos ordre.’’ affirma l’officier en se mettant droit, alors que son voisin semblait nerveux en présence de ses deux semblables.

 

‘‘C’est curieux, dans votre message et votre rapport que je vois là, vous parlez de deux blessés parmi vos soldats sans faire mention de vous. Pourtant cette blessure me paraît récente.’’

 

‘‘Une blessure, ça ? Pardonnez-moi Chancelier, mais pour moi il ne s’agit que d’une égratignure, et la nature a jugé bon de me donner un deuxième œil pour voir.’’ le corrigea l’officier énergiquement en désignant son visage. ‘‘Il m’en faudra plus pour me mettre à terre, et hors de combat.’’

 

‘‘Nous verrons cela. Et vous soldat Tongue, vous a-t-on expliqué la raison de votre venue ici.’’ Questionna-t-il ensuite en tournant son regard vers l'autre militaire en fronçant légèrement les yeux.

 

En entendant son nom, le soldat sursauta et ressentit des frissons sur tout son corps.

 

‘‘Je… Non Monsieur le Chancelier. Mais… Mais je crois connaître la raison de ma présence.’’ finit-il par dire en n’osant pas regarder la personne en face de lui.

 

‘‘Vous avez divulgué une information capitale, créant un sentiment de crainte dans le cœur de nos concitoyens. Certains, sont même devenus paranoïaques et ont décidé de ne plus sortir le soir, et gardent leurs enfants chez eux. J’espère que vous êtes fier de vous.’’ lui expliqua d’un ton sec le Chancelier avant de se reprendre une gorgée de thé.

 

‘‘Non… Bien sûr que non Monsieur le Chancelier… Et je vous présente toutes mes excuses. J’ai… J’ai pris un verre à un bar… Et le sénateur Protective et d’autres m’ont parlé… et… Mais je n’y suis pour rien…’’

 

Quelle mauviette. Incapable de tenir sa langue et d’assumer les conséquences de ses actes... ne put s’empêcher de se dire le capitaine Soldier, en regardant son voisin tout tremblant.

 

Après avoir bu et reposé sa tasse, le Chancelier regarda intensément de nouveau le soldat, qui gardait les yeux baissés.

 

‘‘Vous êtes au moins conscient que vous avez commis une faute. Non, une trahison envers l’État. Je vais donc vous donner une occasion de vous racheter. Maintenant que tous les habitants de Minotaurville, et bientôt ceux de tout le pays, sont au courant de l’existence de cette jument, nous devons agir rapidement pour la mettre hors d'état de nuire. Telle sera votre mission capitaine Soldier.’’ commença-t-il à expliquer en se tournant à la fin vers le capitaine.

 

‘‘Ce sera un honneur, et un plaisir, d’abattre cette créature du Tartare, Chancelier.’’ affirma ce dernier en mettant un poing sur la poitrine.

 

‘‘Oh non, non, non.’’ le coupa Kalt en levant une patte. ‘‘Je ne veux pas que vous la tuiez, pas tout de suite du moins. Je veux d’abord que vous me la capturiez, et que vous me la rameniez ici. Je tiens à savoir s'il existe d’autres poneys comme elle. D’autant que je suis assez curieux de voir qui a pu causer une telle… « égratignure », à un de nos soldats les plus dévoués pour son pays.’’ poursuivit-il avant de se tourner vers le soldat Tongue.
 

‘‘Et que… Que devrais-je faire, Chancelier Kalt ?’’ questionna fébrilement celui-ci en osant le regarder.

 

‘‘Vous, soldat Tongue, vous allez nous permettre de vérifier l’efficacité de ce qui permettra de capturer cette jument.’’ déclara Kalt en regardant l’entrée de la salle.

 

En se retournant, les deux militaires virent, malgré la pénombre du couloir, une silhouette attendant à l’entrée.

 

‘‘Bonsoir Monsieur Gray, merci d’être arrivé si vite.’’ lança le Chancelier en direction du nouveau venu, qui entrait dans la pièce et se mettait devant le bureau.

 

Après avoir déposé la boîte qu’il tenait au sol, l’invité retira sa cape et laissa voir un minotaure entièrement de couleur grise.

 

‘‘Bonsoir Chancelier, comme vous l’avez demandé, j’ai amené ma petite avec moi.’’ finit-il par dire poliment en désignant la boîte du regard.

 

‘‘Parfait. Vous avez sans doute entendu la nouvelle ? Parfais, vous partez donc sur l’heure avec le capitaine Soldier ici présent pour capturer cette alicorne. Vous aurez carte blanche pour cette mission, et je vous autorise à prendre un moyen de transport aérien. De même capitaine, vous en profiterez pour tester une nouvelle arme que vous irez chercher à la caserne. Voici mon autorisation avec ma signature.’’ leur expliqua de suite Kalt en tendant un papier dont se saisit l’officier. ‘‘Mais d’abord, je veux m’assurer de l’efficacité de votre moyen de capture, Monsieur Gray. Et le soldat Tongue s’est porté volontaire pour cela.’’

 

‘‘Heu… Vous… Vous êtes sûr Chancelier ?’’ lui demanda Gray étonné et mal à l’aise à cette annonce, alors que le soldat Tongue s’était avancé vers lui un peu nerveusement.

 

‘‘Oui, ceci est un ordre.’’ répondit Kalt en le regardant intensément dans les yeux d’un air persuasif, tout en reprenant une gorgée de thé.

 

‘‘Bien… Comme vous voudrez Chancelier...’’

 

En se retournant, Gray demanda de la patte au capitaine de s’écarter, tandis qu’il plaçait sa boite vers le soldat isolé. Il l’ouvrit alors en levant le côté en face de Tongue, qui tout en regardant, se demandait ce qu’elle contenait.

 

‘‘Cot ? Cot-cot.’’

 

Le son qui semblait sortir de la boîte intrigua davantage les deux militaires, forçant le soldat Tongue à s’agenouiller pour mieux voir, pendant que le Chancelier restait calme. C’est alors qu’une tête de poule surgit, et commença à regarder autour d’elle de ses yeux rouges.

 

‘‘Mais qu’est-ce que c’est ça ?’’ demanda le capitaine qui ne comprenait plus rien.

 

‘‘Nous l’avons oublié avec le temps, mais ce qui avait contribué à notre victoire sur les poneys a été cette créature.  Elle ne vit que dans la forêt interdite et il nous a fallu beaucoup de temps pour l’apprivoiser, mais nous l’avons fait. Et la famille de Monsieur Gray a conservé ce savoir-faire, qu’ils se transmettent de génération en génération.’’

 

‘‘Mais c’est une poule. Comment est-elle censée nous aider dans notre capture ?’’ Interrogea à son tour le soldat Tongue en s’approchant de l’animal.

 

‘‘C’est ce que vous allez nous montrer, soldat.’’ se contenta de dire Kalt qui tourna son regard insistant vers Gray, qui après un soupir se pencha vers l’animal et regarda le soldat.

 

‘‘Méduse, attaque.’’

 

De suite après ces mots, la poule sortit brusquement de sa boite, dévoilant une paire d’ailes semblables à celles des chauves-souris et un corps de serpent. Elle se mit ensuite à voler en direction du soldat qui se leva et recula, apeuré.

 

‘‘Chancelier ! Qu’est-ce qu’elle va faire ? Pitié !’’ implora-t-il en étant dos à un mur, pendant que la cocatrice approchait.

 

‘‘Ne vous en faites pas, elle ne va pas vous tuer.’’ lui répondit toujours calmement Kalt, alors que le capitaine regardait la scène d’un air à la fois surpris et intéressé.

 

Une fois à la hauteur de son visage, la cocatrice se mit à fixer intensément les yeux effrayés de Tongue. C’est alors qu’il eut une étrange impression venant de ses jambes, comme s’il ne pouvait plus les bouger. Et cette sensation se propageait rapidement dans tout le reste de son corps.

 

‘‘Chancelier, que m’arrive-t-il ?! Que fait-elle ? Je… Je ne peux…’’ commença à prononcer Tongue avant de ne plus pouvoir parler.

 

En se posant sur le bras tendu de son maître qui lui donnait un morceau de sucre, la cocatrice laissait derrière elle une statue d’un minotaure en armure.

 

‘‘Hum... Impressionnant.’’ Commenta simplement Kalt en direction de Gray qui caressait son animal d’un air peiné, pendant que le capitaine Soldier s’approchait de la statue.

 

‘‘Et… Il est toujours en vie dans cet état ?’’ s’interrogea-t-il en touchant la pierre.



‘‘Ca dépend des sujets, certains s’endorment, d’autres restent conscient en conservant leur ouïe et en voyant légèrement ce qu’il y a en face d’eux, surtout quand ils ont déjà été pétrifiés auparavant.’’ répondit Gray en remettant la cocatrice dans sa boite.



‘‘Par mon aïeul… Avec ça, on aura aucun mal à capturer cette créature.’’ s’exclama Soldier, qui imaginait déjà le regard apeuré de celle qui l’avait blessé dans son corps et son honneur.

 

‘‘Et je tiens à être clair dessus. Vous devez me la ramener en « un seul morceau ».’’ lui rappela le Chancelier en se levant.

 

‘‘Et… Et que fait-on de lui ?’’ l’interrogea Gray en désignant la statue.

 

‘‘Comme je l’ai dit, vous partez en mission dans l’Ouest, pour capturer une dangereuse alicorne. Vous êtes partis tous les trois, mais le malheureux soldat Tongue a chuté durant votre trajet, et s’est tué sur le coup.’’ prononça le Chancelier d’une voix d’où on pouvait sentir de la colère, en regardant ses deux interlocuteurs, puis la statue, avant de se retirer de la salle en laissant les deux minotaures sur place.

 

Une chance qu'il n'avait pas de famille. pesta-t-il en marchant.

Note de l'auteur

Hasard du calendrier, je publie ce chapitre 3 ans et deux jours après l'avoir fait sur l'ancien site ^^'

Et comme à l'époque, ma résolution pour cette année est (enfin) de finir cette fiction :p

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